Une enquête policière originale et qui passe un message utile.

Le tout début fait douter. La qualité d'image est un peu vieillotte, les environnements et le sujet semblent austères. Mais très rapidement l'histoire devient prenante. Dans ce contexte médiéval, on ne s'attend pas à une enquête policière, et pourtant s'en est tout à fait une, et bien racontée qui plus est. Les personnages et les événements sont intégrés au fur et à mesure, pile pour que l'on ait le temps de tout comprendre. Pour autant, la narration n'est pas simpliste, claire et linéaire, elle s'arrange quelques espaces de mystères pour que le spectateur reste sur ses gardes. Avis aux amateurs d'énigmes et de légendes concernant les livres et les bibliothèques, on frôle le Da Vinci Code. Toute la scène se déroule dans un monastère d'une froideur triste et inquiétante, mais celle-ci est combattue par la force du duo principal, la bienveillance et la joie du héros. Sean Connery incarne un moine éminemment sympathique, heureux dans ce qu'il est, stable, et d'un grand amour filiale pour son disciple qui grandit à ses côtés. Enfin, le film a un message clair. Il ne se cache pas d'avoir une opinion et cela est agréable : la lutte contre l'obscurantisme dénonce les dérives de la foi, de l'instrumentalisation de la peur.

Il reste quelques défauts cependant. La fille sans nom, qui est l'objet du titre de l’œuvre (la fameuse « rose ») provoque au milieu du film une scène d'ébats sexuels sans raison, non installée par le récit (à part un regard de trois secondes et demie dans une des scènes précédentes). Aussi, la fille passe vraiment pour la tentatrice, l'incarnation de Satan, donnant raison aux moines d'avoir peur. De manière générale les femmes n'ont aucune place et la seule que l'on voit n'a ni nom ni parole, à peine entend on quelques mots d'italien à un moment.

Le héros, Guillaume de Baskerville, et comme son nom le suggère, semble être tiré d'une nouvelle de Sherlock Holmes. Ses déductions ont un côté plaisant, mais le personnage est si inébranlable qu'on a parfois l'impression qu'à la fin du film il prendra ses bagages et retrouvera le confort bourgeois du 221b Baker Street, que tout le film n'était pour lui que des vacances chez les moines du Moyen-Âge. Cela ne retire rien à la justesse de l'acteur, mais l'écriture donne trop de force à ce personnage que rien ne bouscule, sauf un peu la fin, et encore. C'est aussi la force du personnage, il prend son parti de tout. Sur le plan esthétique, il est par contre assez ridicule que les deux héros soient les deux seuls à être beaux, tous les autres personnages (sauf la fille tentatrice) sont bien arrangés. Aussi, le monde paysan semble caricaturé à l'extrême, aucun ne parle ou presque pas, ils semblent dénués d'intelligence. Enfin, certaines scènes semblent mal adaptées par rapport au livre. En voulant peut-être économiser des explications, certaines scènes en sont trop dépourvues. Ainsi, on retrouve l'hérétique en train de faire un rituel en compagnie de la jeune fille sans savoir ce qu'elle fait là ni qu'elles sont les motivations du moine.

En bref, une intrigue bien menée, mystérieuse, qui plonge dans les légendes qui rodent autour du pouvoir des livres et des bibliothèques. Mais certains recoins de la réalisation gagneraient à être améliorés et la représentation des « humbles » manque de finesse.


« Le rire efface la peur, et sans la peur il n'y a pas de foi, car sans la peur du diable il n'est plus besoin de Dieu. »

Noleon-Kaeland
8
Écrit par

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le 6 juin 2026

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