J.J. Annaud a relevé le soi-disant impossible défi d'adapter le roman foisonnant d'Umberto Eco, et avec un succès inattendu. En effet, parvenir à captiver le public avec des moines dans une abbaye, c'est un véritable exploit, mais c'est dû à la teneur de l'histoire, c'est un véritable polar médiéval, gothique, envoûtant, mystérieux, centré sur un décor unique d'abbaye impénétrable (un décor qui n'existe pas en Italie mais que Annaud a recrée sur un plateau non loin de Rome grâce au talent du grand décorateur Dante Ferreti). Le donjon de l'abbaye est inspiré du Castel del Monte, un château médiéval situé près de Bari dans les Pouilles. Les scènes d'intérieur furent tournées dans un ancien monastère cistercien en Allemagne. A ce décor, s'ajoutent une atmosphère étrange et un suspense haletant, mais le vrai tour de force est d'avoir imprimé une ambiance suspicieuse, inquiétante, qui captive l'attention et d'où peut surgir à tout moment le danger, avec la crainte de l'hérésie en toile de fond.
Co-produit par l'Italie, l'Allemagne et la France, le film fut tourné en anglais pour plus de facilité, et profite d'une interprétation internationale de haute volée, avec en tête Sean Connery en moine pugnace et clairvoyant Guillaume de Baskerville qui trouve là un des meilleurs rôles de sa carrière ; il est en complète contradiction avec la période de mysticisme et d'inquisition du moment car il utilise des méthodes scientifiques qui sont contraires au dogme du XIVème siècle. On trouve aussi le jeune Christian Slater en novice (pour des débuts, que rêver de mieux ?), l'étonnant Michael Lonsdale dans le rôle de l'abbé, Frank Murray Abraham qui après Amadeus, trouvait avec ce rôle d'inquisiteur Bernardo Gui un autre rôle fort, et surtout l'extraordinaire Ron Perlman que le public redécouvrait dans le rôle de Salvatore le moine bossu et dérangé ; à cette époque (après la Guerre du feu du même Annaud), il jouait souvent des personnages pittoresques avec des masques et des prothèses. La musique est de James Horner mais se fait relativement discrète, car tout se joue autour des personnages et surtout autour et dans l'abbaye, qui fait presque figure d'un personnage à part entière. Le film n'a pas la vocation d'apporter une véracité au niveau de l'époque (1327), il réinterprète une vision médiévale telle que Annaud l'a voulue et imaginée, en s'appuyant sur les descriptions d'Eco, le décor participe donc beaucoup à cette mise en scène, avec des personnages de moines peu ragoutants et ayant des têtes surprenantes par leur laideur, des bâtiments peu éclairés, une officine sale, des déchets et des coins insalubres qui confèrent un puissant réalisme.
Le film reçut un accueil très favorable, sauf aux Etats-Unis, et plusieurs récompenses dont le César du meilleur film étranger. Dans les bonus du DVD, J.J. Annaud livre énormément de secrets de tournage sur ce film passionnant à voir absolument !