Contrairement à bien d’autres contes rapportées par les frères Grimm ou Charles Perrault, le Petit chaperon rouge ou une de ses variations n’a été que rarement adapté, parfois à la marge (l’hilarant La Véritable Histoire du Petit Chaperon rouge, film d'animation de Todd et Cory Edwards et Tony Leech, 2005, par exemple). Sa violence incarnée et symbolique en a dissuadé plus d’un, bien loin d’un merveilleux grand public tel que se conçoit maintenant le conte de fées.
La compagnie Disney a proposé bien des incarnations de ces histoires, le plus souvent dépouillées de leurs épines, avec le succès que l’on sait. Afin de concurrencer ces films familiaux la firme Cannon Group décide de lancer à la fin des années 1980 ses Cannon Movie Tales, une lignée de films inspirées des contes de fées, dont neufs représentants existeront, ce Red Riding Hood étant le dernier.
Le pari était ambitieux, d’autant plus par rapport à l’ADN de la compagnie, habituée aux films à petit budget, généralement d’action, dont Chuck Norris fut un des emblèmes, pour ne pas dire une icône. Mais il faut être honnête, l’argent investi dans la gamme semble avoir déserté ce dernier projet, à la magie aussi légère que son budget.
L’adaptation d’Adam Brooks développe l’histoire du Petit chaperon rouge, en lui créant un véritable contexte, bien qu’il pique à bien d’autres traditions du genre médiéval. Il y sera ainsi question du seigneur local parti à la guerre depuis 7 ans, Percival, et considéré comme disparu, tandis que Godfrey son frère jumeau a pris le pouvoir, ayant échangé son coeur pour avoir les faveurs de son âme damnée, Dagger, qui peut se transformer en loup pour espionner ou croquer les récalcitrants à son autorité. Ce fourbe régent ne se contente d’ailleurs pas d’occuper le trône de son frère, il cherche à obtenir la main de dame Jean, femme de Percival. Ce dernier et sa compagne ont eu une fille, la jeune adolescente Linet, à qui il sera confié bien plus tard le célèbre chaperon de couleur rouge.
L’héroïne partage donc l’affiche avec une lourde galerie de personnages, au point même d’en être presque secondaire, bien loin de la place centrale attendue. Linet est une grande enfant sensible à la magie supposée de cet univers médiéval, qui n’a pas la langue dans sa poche, mais qui sera pourtant une victime du loup. Le film se rattache au conte bien tardivement, pour mieux précédemment développer son histoire pourtant vue et revue ailleurs, avec son seigneur parti à la guerre, sa femme dans l’attente ou du despote habituel.
Soulignons d’ailleurs que si on peut trouver quelques idées dans certains personnages, malgré leurs caractérisations évidentes, à l’image de la relation entre Godfrey et Dagger, le tout est tout de même incarné par des comédiens mollement dirigés, peu convaincus, et on les comprend. Isabella Rossellini s’en sort un peu mieux, ce qui est la moindre des choses quand on est la fille d’Ingrid Bergman et de Roberto Rosselini et qu’on a été la tête d’affiche de Blue Velvet juste avant, mais c’est un talent bien mal employé ici, comme d’autres acteurs.
C’est peut-être la même erreur de parcours qui explique la présence d’Adam Brooks à la réalisation, récompensé pour son film Almost you au festival de Sundance, probablement convaincu par les promesses des producteurs Globus et Golan, à la tête de la Cannon. Il n’y a aucune recherche dans la mise en scène, rien d’intérêt, toute volonté artistique ayant été probablement annihilée par le Grand méchant loup des cordons de la bourse. Les décors médiévaux sont sensés être évoqués par quelques maisons à peine dans le style, tandis que les éléments de ces décors ou les accessoires sont en toc, probablement réemployés d’une autre production voire empruntés à un parc d’attraction ou un restaurant à thème, parce que oui, on en est là. Le loup dans sa forme animale est joué par un gros chien, un berger allemand à la si bonne bouille qu’il est difficile de trembler devant lui, malgré les quelques scènes qui tentent de provoquer l’angoisse. La forêt, lieu de la magie ou de la menace, n’est rien d’autre qu’une pinède filmée sans aucune recherche. Tout est plat, tout est fade.
Mais le plus difficile à endurer est encore à venir dans cette description peu enthousiaste, car le film comporte 6 numéros chantés et musicaux, là encore présentés sans aucune emphase. Il est difficile de parler de comédie musicale quand les chorégraphies se limitent à quelques pas de danse, que les paroles sont creuses, que les arrangements tournent autour de quelques notes (merci le synthé’) et que les comédiens chargés de chanter le font là encore avec une mollesse rare. Ces passages vont à l’économie d’investissement la plus inutile, alors que l’économie la plus radicale aurait été de les couper. Ils sont malheureusement assez gênants en l’état. Mais s’il avait fallu faire disparaître ces séquences au montage, le film étant court, il n’aurait probablement plus pu être catégorisé comme long-métrage. A noter que si ma version (le DVD de la MGM de 2005) dure 77 minutes, Wikipédia annonce 84 minutes et IMDB 71 minutes, peut-être y a-t’il eu d’autres montages, bien que je doute qu’il puisse y avoir eu une « bonne » version, étant donné que rien ou presque ne va.
Même ces 77 minutes ont parues longues, pour un film qui semble avoir été fait sans grands efforts ou réelles convictions. Une catastrophe qui entraîne The Red Riding Hood vers la curiosité, pour les cinéphiles à la curiosité malsaine, pour découvrir comment la matière du conte si prometteuse a été si mal réemployée. Une adaptation qui prend hélas au pied de la lettre l’expression « à dormir debout ».