Le moins qu’on puisse dire est que les avis sont particulièrement partagés sur le film. S’il n’est pas totalement maîtrisé de bout en bout, il a pourtant des qualités. Bien évidemment, la parenté du film n’est pas à chercher du côté de la saga des James Bond. Le personnage interprété par Paul Newman n’est pas un super agent qui vit de spectaculaires aventures. Il est davantage occupé dans des missions d’infiltration plus tortueuses, ce qui occasionne plus de mystère et de cynisme. On comprend donc que les quelques scènes d’action ne soient pas une priorité pour John Huston qui est davantage intéressé par les jeux de dupes et les liens nébuleux qu’entretiennent les différents personnages. Cependant, la course-poursuite en voiture fait le boulot, la scène de l’évasion tient la route et les quelques bagarres sont correctes. Enfin, alors que la durée moyenne des films d’espionnage oscille souvent autour des deux heures, le temps ramassé du récit en un peu plus de 1h30 rend l’ensemble plus rythmé.
D’une tonalité assez sombre, le résultat dresse un tableau grinçant des hautes sphères politiciennes et n’épargne aucun personnage. Globalement peu sympathique et animé d’une faible empathie, le monde de l’espionnage s’apparente à un miroir d’un monde politique peu reluisant. Dans l’incarnation de ce monde politique, James Mason trouve un rôle qu’il reprendra souvent sur la fin de sa carrière, notamment dans des poliziottesco ou de petites séries B tandis que Paul Newman semble plus à l’aise que dans sa première incursion dans l’espionnage, à savoir Le Rideau déchiré. On pense, d’ailleurs, pas mal au cinéma d’Hitchcock pendant toute la première partie du film avec cette espèce de coup monté qui se retourne contre un agent qui ne dispose que d’un seul appui pour expliquer son rôle dans cette affaire. Dominique Sanda, de son côté, critiquée pour son côté marmoréen, semble pourtant dans le ton, à savoir un personnage particulièrement froid et trouble dont il semble impossible de percer la cuirasse pour connaître ses intentions. Autour de ce joli trio, des acteurs comme Harry Andrews ou Ian Bannen complètent parfaitement le casting. Si la jolie mélodie signée Maurice Jarre est quelque peu répétitive (on aurait aimé entendre quelques variations au thème), elle reste très efficace.
Le film pêche éventuellement dans sa conclusion qui peut surprendre. La faute peut-être au réalisateur qui retoucha beaucoup le script de Walter Hill pour l’éloigner justement des films d’espionnage et signer une œuvre plus noire et pessimiste. Il rejoint en cela la tradition du film anglais qui a l’habitude de tourner le dos au spectaculaire pour privilégier la noirceur des situations et des personnages. On aboutit ainsi à un résultat plutôt cohérent et bien mené, à défaut d’être toujours palpitant et passionnant. Cela demeure cependant un titre qui trouve parfaitement sa place dans l’histoire du genre et qui fut, à mon sens, injustement critiqué à sa sortie.