David contre Goliath
1984: Déborah Lipstadt, professeur juive américaine et fervente défenseur de la mémoire de la Shoah est en train de dédicacer son dernier ouvrage lorsque l'historien David Irving, négationniste écossais que l'auteur cite dans l'ouvrage, l'attaque pour diffamation. Comme il est sujet de sa Majesté, c'est à Londres qu'un juge doit statuer sur la limite entre antisémitisme et déformation historique. Et l'occasion pour Richard Hampton, célèbre avocat de venir en aide a l'Américaine afin de rétablir la vérité.
Comment juger l'inavouable? Comment nier l'évidence? Tel est le principe du déni, exposé dans le film.
L'on pouvait s'attendre à une enquête juridique limite haineuse mais le réalisateur de Bodyguard met en avant la différence de fonctionnement des tribunaux entre États-Unis et Royaume-Uni et ne commet pas l'erreur de surjouer sur la corde sensible et l'effet lacrymal: il tisse son film telle une araignée avec une cible principale qui n'est pas humaine mais morale.
La première force du film est sa vision historique illustrée par une séquence forte tournée a Auschwitz (pleinement active au devoir de Mémoire suscité par le long-métrage) où l'on comprend à la fois l'horreur des faits et la pire insulte de les nier, ainsi que des archives tirées du véritable procès avec notamment la théorie controversée des cheminées.
La seconde force est le parfait équilibre entre obligation juridique et devoir moral et la même force que la femme au tableau ou Spotlight est ici reconduite.
Mais le principal atout du film reste son casting 5 étoiles: Rachel Weisz parfaite dans un nouveau rôle fort de la même verve que the Constant Gardener ou the Whistlebower; Timothy Spall véritable clone de Irving et surtout Tom Wilkinson impressionnent.
Au final, ce que l'on retient n'est pas forcément l'issue juridique mais bien cette conviction l'ayant amenée et la musique douce de Howard Shore y contribue fortement.
A recommander plus que vivement pour ne pas sombrer dans une dérive extrémiste...