La lancinante tristesse lacrymale de Delphine gêne le spectateur. On trouve d'ailleurs ici une occasion d'attaquer Rohmer en qualifiant ses héros de pleurnichards ; alors qu'on complimente régulièrement d'autres cinéastes (situés aux antipodes de la nouvelle-vague, car, dans leurs films, "il se passe quelque chose") pour leurs scènes de violence explicite à base de revolvers et de sang ; car celles-ci ne s'embarrassent pas d'une pudeur doucereuse. Plus facile de s'enorgueillir de regarder sans sourciller des scènes crues quand celles-ci décrivent une réalité parcellaire et lointaine que de regarder en face ce mal qui touche réellement, quotidiennement, nombre d'individus incarnés qui nous entourent, que l'on croise tous les jours dans la rue ; la dépression.
Voilà ce qui gêne chez les cinéastes de la nouvelle-vague ; ils s'attaquent au quotidien. Dans le rayon vert, Rohmer refuse même de déformer la réalité comme il le fait souvent ; par exemple, ici, les personnages parlent pour une fois "normalement", pour nous plonger plus fidèlement au cœur de la quotidienneté.
Quelques éléments fantastiques parsèment toutefois le film, qu'il s'agisse du rayon vert ou des cartes trouvées par hasard, ils sont peut-être une métaphore un peu poussive du "monde" qui communiquerait avec Delphine, cette dernière étant tout à fait ouverte et réceptive. Elle est en fait, comme elle le dit elle même, "disponible", terme récurrent chez Rohmer et qui semble revêtir une certaine importance pour lui (le héros de *La Collectionneuse* est aussi "disponible").
Autour de Delphine, les gens ne sont pas disponibles. Ils sont coupés, ils sont la Fanfare (à l'exception de l'homme qu'elle rencontre à la fin).