Ah ! Que le temps vienne
Où les cœurs s'éprennent
C'est par cet extrait du poème Chanson de la plus haute tour d'Arthur Rimbaud que s'ouvre Le Rayon Vert, cinquième film de la série Comédies et Proverbes d'Eric Rohmer, son premier après son plus gros succès Les Nuits de la pleine Lune.
Là où Le Rayon Vert surprend, c'est qu'il impressionne malgré un tournage plus léger, plus improvisé malgré une science du verbe toujours présente, pour mieux exprimer les sentiments et pensées des personnages. Il est ici autant dans le cérébral que dans l'émotion, avec ce dernier aspect prenant magnifiquement le dessus dans la dernière partie, et il nous propose d'accompagner la solitude d'une romantique et un brin énervante Delphine.
Assez vite l'intrigue passe au second plan, et on s'imprègne des mots et des idées qui se cachent derrière, puis d'un romantisme accompagné d'une ambiance belle et à la limite du fantastique, allant jusqu'à émouvoir. Comme c'était le cas à chacune de mes incursions dans son cinéma, tout est important, les gestes, les regards ou encore l'intonation, le tout avec une vraie authenticité, grandement aidée par l'improvisation je pense.
Bien que la manière soit totalement différente, on retrouve chez Rohmer, et notamment ici, ce qui me fascine chez Claude Sautet, la façon d'évoquer la vie, ces petites choses qui font le quotidien, avec naturel, tendresse et talent. Il nous immerge dans la vie des protagonistes, on se perd dans de passionnants échanges auxquels on s'identifie. Enfin, le cadre est aussi appréciable, avec comme toile de fond la France des années 1980, notamment celle qui part en vacances, avec de parfaits comédiens improvisant sur la vie, l'amour et le quotidien.
En signant Le Rayon Vert, Eric Rohmer improvise sur la vie et ses petites choses, nous immergeant dans son récit pour mieux s'en imprégner, puis s'en émouvoir, avec talent évidemment, ainsi qu'une vraie tendresse.