Plombé par une production complexe, le film n’a pas eu grande presse à sa sortie et n’a pas rencontré son public. C’est sévère car l’ensemble se tient plutôt pas mal. Évoquant la difficile réinsertion des libérés en conditionnelle, le début fait penser à Deux Hommes dans la ville avec ce contrôleur judiciaire qui met une pression folle sur le personnage interprété par Dustin Hoffman. Cette partie plutôt dramatique finit par lui faire péter les plombs pour le ramener sur le mauvais chemin alors qu’il avait rencontré une jeune femme et trouvé un petit boulot. Bien entendu, le récit est convenu, mais la trajectoire qui envoie le personnage principal perdre les pédales est franchement convaincante. Comme à son habitude, Dustin Hoffman est parfaitement crédible dans son rôle, d’abord maladroit dans sa nouvelle vie puis plein d’une violence qui finit par exploser de façon hallucinante. L’évolution, ou plutôt la mise à nu du personnage principal, est certainement l’aspect du film le plus intéressant.
On retrouve, par ailleurs, pour les fans du cinéma des années 1970, cette atmosphère si particulière et attachante, Mustang, chemises bariolées et insalubrité urbaine. Le ton y est, bien sûr, désenchanté à souhait et trouve un équilibre plutôt habile entre le documentaire et le polar de l’époque. Une prouesse loin d’être gagnée d’avance quand on connait le projet initial porté par Dustin Hoffman qui n’a pas réussi à lâcher son bébé au réalisateur Ulu Grosbard, et les exigences du studio qui ont fini par leur retirer à l’un et à l’autre le cut final. On voit, bien entendu, que le propos est parfois bancal (la vision sociale du début cédant la place à une vision plus traditionnelle du polar), mais cette démarche, qui tient peut-être plus de la pression des studios que des auteurs, donne un sens pourtant très pertinent au propos. Le récidiviste (en l’occurrence le multirécidiviste) est un homme traumatisé qui aura un mal fou à se remettre dans le droit chemin.
Entouré d’acteurs particulièrement convaincants (Harry Dean Stanton en quête de sensations fortes pour se sentir de nouveau vivant, Gary Busey qui lutte contre ses vieux démons) et d’actrices remarquables (la jeune Theresa Russell qui se laisse embarquer dans les ennuis, une Kathy Bathes qui s’emploie à jouer les remparts pour sauver son mari de ses mauvaises fréquentations), le film est aussi un très bon tableau de la nature humaine. Effectivement pas tout à fait abouti, parfois maladroit, le résultat mériterait cependant d’être réhabilité. Son casting et le ton général sont plutôt de belle tenue, et le film jouit d’une véritable cohérence. On pourra regretter que sa cavale ne mette pas en scène ses poursuivants (la police notamment), ce qui aurait donné peut-être encore plus de poids à l'ensemble.