Aboudalzé sauve selon nous ce film grâce à l'idée ingénieuse de le dédoubler: le premier, récit narrant la mort puis grâce à un flashback, la montée au pouvoir (très, très, très lente: 1h20 pour introduire le thème) d'un dictateur qui du haut de son despotisme absurde et injuste sera ridiculisé par le cinéaste; le second, poétique surtout, s'attachant à un cinéma plus tarkovskien, métaphorique, symbolique voire allégorique, sondant les rêves et l'imagination des personnages.
C'est donc surtout ce "second film", visuellement soigné et plus créatif, qui revêt à nos yeux le plus d'intérêt, l'autre (réflexion poussive et somme toute banale sur la faute originelle, le Mal, la persistance de ce Mal, la culpabilité puis le repentir) méritant un traitement nettement plus court, provocant en nous un ennui considérable que contrastent à peine quelques répliques cinglantes ou un montage baroque parfois surprenant.
Comment alors justifié le prix du jury cannois 1987 si ce n'est pour des raisons politiques, en ces temps-là d'effritement de l'empire soviétique décadent et de poussée "démocratique"? Les décideurs de l'époque doivent certainement se repentir aujourd'hui en revisionnant ce film ayant plutôt mal vieilli.