En cette période de Noël, je choisis de façon appropriée ce film sur la vie de Jésus-Christ, je sais qu'il a divisé par son contenu et sa production, aussi faut-il en expliquer la teneur.
Au début des années 60, Samuel Bronston fait construire une grande infrastructure de studios et un backlot gigantesque dans la banlieue de Madrid, dont le but est de produire des films à grand spectacle libérés des contraintes d'Hollywood. Le Roi des rois est la première de ces superproductions pour lesquelles Bronston engage de prestigieux réalisateurs comme Nicholas Ray ou Anthony Mann ; suivront le Cid, les 55 jours de Pekin et la Chute de l'empire romain.
Après 2 années de préparation, le Roi des rois sort enfin en 1961 et commence à recueillir des critiques parce que Bronston a remanié des scènes contre la volonté de Nicholas Ray, et que le film ressemble trop à une leçon de catéchisme. Et pourtant, c'est une fresque imposante qui se laisse voir sans ennui : le film dispose du format 70 mm comme Ben-Hur et d'un Technicolor sirupeux, affiche une esthétique très réussie avec des décors remarquables et des costumes soignés, et surtout dispose d'une musique sensationnelle du maître hongrois Miklos Rosza qui pourtant s'était surpassé avec la partition de Ben-Hur, à tel point que les mélomanes avertis en musique de film (dont je fais modestement partie), ne pourront que remarquer des similitudes avec cette dernière. Rosza reprend en effet plusieurs thèmes de cuivres ronflants de sa partition de Ben-Hur qui donnent indéniablement un souffle épique. Même chose pour les affiches américaine et française qui reprennent une maquette fortement inspirée de celle de Ben-Hur ; le film affiche donc sa noble ambition.
En dépit d'une certaine lourdeur due à la trop grosse machinerie d'une superproduction au style hollywoodien, le film relate librement des épisodes de la vie du Christ, en en occultant certains, choix qu'on pourrait discuter longtemps, mais aussi il décrit le contexte historique qui entoure le Christ, contrairement à Jesus de Nazareth de Zeffirelli qui se focalisait sur la seule vie et Passion du Christ et des Apôtres. Mieux, le film porte un regard différent sur certains personnages, notamment sur celui de Barabbas qui n'est plus vu que comme un simple brigand. Des trouvailles de mise en scène renouvellent également des situations connues.
Parmi les temps forts, le sermon sur la montagne prouve par l'attroupement impressionnant de figurants qu'on est bien dans une superproduction, de même que la crucifixion finale est fidèle aux Evangiles ; le film obtiendra d'ailleurs l'assentiment du pape Jean XXIII. Reste l'interprétation qui peut diviser : le choix de Jeffrey Hunter peut sembler curieux, c'est peut-être un Jésus trop beau gosse, mais l'acteur a du charisme dans ses regards et il est convainquant ; Harry Guardino campe un excellent Barabbas, tout comme Hurd Hatfield dans le rôle de Ponce Pilate, et Ron Randall en centurion Lucius ; on remarque Robert Ryan dans le rôle court de Jean-Baptiste. C'est du côté des Apôtres que ça coince un peu, les acteurs choisis étant peu remarquables, si l'on excepte Rip Torn dans le rôle de Judas.
Au vu de tout cela, ce n'est donc pas un film à renier, je me risque même à affirmer qu'il peut s'aligner sans problème auprès de la version muette réalisée par Cecil B. De Mille en 1927.

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le 23 déc. 2019

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