Cette critique contient des spoilers
Dans une petite ville de campagne américaine, un homme étrange et discret vit son quotidien avec une précision régulière. Il se lève, prend son petit déjeuner, va au travail, revient du travail et va se coucher; Cependant, tous les matins de 8h à 8h15, cet homme est une femme. Après une enfance difficile, John n'arrive pas à se débarrasser de son passé et la schizophrénie le gagne le temps d'un quart d'heure. Un matin, un train vient perturber la routine et dès lors, toute la ville remarque cette femme, jusque là restée ignorée aux yeux de tous.
Avec son influence non dissimulée de "Psychose", ce film retrace la délicate situation psychologique d'un homme perturbé par son identité, brisée par la mort d'une mère psychotique. John et Emma ne savent pas ce qui se passe lorsque leur nature respective prenne le contrôle du corps. Un jeu s'installe entre l'homme tentant de restaurer l'équilibre de sa vie, rester éloigner du monde extérieur et des rapports sociaux tandis que la femme tisse des liens et vient en aide aux nécessiteux.
A la manière de Marion Crane, Emma subit l'interruption dans son monde par des hommes convoiteux (le maire, le garagiste) qui empiètent également sur le parcours de John. Les actes des deux personnages déteignent sur l'un l'autre. Jusque là cachée, Emma grignote peu à peu John au point de le subjuguer, prenant sa place au sein de l'histoire.
Le film joue avec cette dualité (il eu été étrange qu'il n'en soit pas ainsi). Si l'histoire de "Psychose" est une ligne brisée, celle de Peacock n'en fini pas de s'enrouler sur elle-même. Les deux vies de John et Emma s'entrecroisent, chacune découvrant l'autre à travers les personnages secondaires et l'agencement de la narration. Le spectateur est aux prises avec ce combat inhabituel. Les deux penchants de John luttent pour la suprématie d'un seul cerveau et d'une seule vie. L'un veut avancer, l'autre veut laisser le souvenir prendre le dessus.
L'intérieur de la maison de John/Emma se dote d'une mise en scène et d'un cadrage pour le moins minutieux. Les couleurs chaudes teintées d'ombres délimitent l'intériorité de John qui ne doit en aucun cas être touché par les afflictions de la réalité (cf. les rideaux tirés et les portes toujours fermées). C'est le sanctuaire où le passé et le présent sont associés pour construire les deux personnages, donner naissance au film. C'est seulement à l'intérieur aussi que la bande-sonore daigne sortir de son silence pour renforcer la mélancolie d'un temps révolu mais lié au personnage, au lieu et au film.
Doté d'une introduction travaillée, d'une performance d'acteur maîtrisée et de nombreuses références à "Psychose", "Peacock" vous entraîne dans sa sphère où se mêle traumatisme d'enfance, crise d'identité et lutte silencieuse pour la survie d'un tragique demi être.