Pas franchement convaincu par ce thriller très ancré dans sa décennie mais qui souhaite se démarquer par sa dimension fantastique. Le fameux serial-killer qui a hanté les thrillers des années 1990 est, cette fois, un démon séculaire qui passe d’un corps à un autre. L’idée est intéressante et originale mais l’exécution est franchement très laborieuse. D’abord, il faut en convenir, l’esthétique de cette décennie a très mal vieilli avec, notamment, les visions aux couleurs saturées du démon ou ce goût pour des séquences finales dans des lieux retirés où la dramaturgie est supposée être à son paroxysme. Mais ce qui frappe, surtout, d’emblée est la façon dont le réalisateur semble gêné aux entournures par ce mélange des genres. Au fur et à mesure que le film avance, il devient évident que c’est la dimension fantastique qui prend le dessus sur l’aspect thriller. Mais là où Le Neuvième porte par exemple de Roman Polanski réussissait parfaitement la bascule (alors que le film n’a pas grande presse), celui de Gregory Hoblit n’est jamais à la hauteur de ses ambitions. À sa décharge, le scénario est trop mal écrit pour convaincre.


Le souci premier du film est qu’il n’explique rien. À ce titre, il ne comporte aucune révélation qui pourrait scotcher le spectateur. Celui-ci est plongé dans un récit construit en flashback sur le principe d’un mini-twist final et il n’est jamais immergé dans une enquête à proprement dit. Azazel est un démon qui passe de corps en corps, et qui tue des gens parce qu’il est méchant. Pourquoi reste-t-il dans certains corps des jours, des mois voire des années ? Pourquoi ne fait-il que passer chez d’autres à peine quelques secondes ? On ne le saura jamais. Toujours est-il que le spectateur habitué à ce type de formules comprend très vite que tout est prétexte à servir certaines scènes. Comment ne pas juger la scène où Azazel passe d’un corps à un autre dans le commissariat autrement que comme une pure idiotie ? Ces séquences à la limite du grotesque plombent irrémédiablement le film et désamorcent son potentiel.


L’ensemble n’est pas entièrement mauvais pour autant. Certaines idées fonctionnent, l’ironie finale fait mouche et, surtout, un casting quatre étoiles apporte un véritable crédit à l’ensemble. Denzel Whashington est charismatique en diable, John Goodman et James Gondolfini ne peuvent laisser indifférents, et Donald Sutherland en impose. Sans eux, l’ensemble ne pèserait pas plus lourd qu’un téléfilm dans le vent, mais dans le vent dans les années 1990. Très décevant.

Play-It-Again-Seb
5

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Liste et classement des films que j'ai vus ou revus en 2025

Créée

le 14 mai 2025

Critique lue 26 fois

PIAS

Écrit par

Critique lue 26 fois

2

D'autres avis sur Le Témoin du mal

Le Témoin du mal

Le Témoin du mal

3

Torpenn

le 1 nov. 2011

Suivre

En joue, Démon !

Ca sentait la grosse bouse, c'est vrai, mais je me suis dit que je pouvais essayer, pour John Goodman, pour Donald Sutherland, pour James Gandolfini (on lui a filé une horrible moustache, mais sinon,...

Le Témoin du mal

Le Témoin du mal

8

The-Lizard-King

le 8 avr. 2017

Suivre

AeT,G'NaKHO !*

Dans l'Ancien Testament se trouve le Livre d'Hénoch, lui-même divisé en 5 Livres dont celui dit des Veilleurs. Il y est dit qu'Azazel est le dixième ange déchu et cette affirmation est...

Le Témoin du mal

Le Témoin du mal

5

greenwich

le 20 oct. 2014

Suivre
Dernière modification

le 20 oct. 2014

Le témoin du mal (1998)

Il s'agit d'un thriller fantastique durant environ 2 heures. Il y a presque 2 films en un. La première partie est excellente à tout point de vue. Le film démarre par une scène très forte :...

Du même critique

Le père Noël est une ordure

Le père Noël est une ordure

9

Play-It-Again-Seb

le 24 mars 2022

Suivre

Du culte en haut de la cheminée

La comédie est un art difficile et ingrat. Quand elle est ratée ou même moyenne, elle est plus vilipendée que les autres genres, sous prétexte qu’elle est prétendument moins ambitieuse et qu’elle...

Astérix et le Griffon - Astérix, tome 39

Astérix et le Griffon - Astérix, tome 39

7

Play-It-Again-Seb

le 22 oct. 2021

Suivre

Le retour de la griffe Goscinny-Uderzo

Depuis la reprise de la série par Ferry et Conrad, nos amis gaulois avaient une sacrée gueule de bois. La disparition de René Goscinny avait déjà très sérieusement entamé la qualité des albums même...

Terreur aveugle

Terreur aveugle

8

Play-It-Again-Seb

le 18 nov. 2022

Suivre

Bottes de cuir sans chapeau melon

Le sujet de la proie aveugle n’est pas entièrement nouveau puisqu’il a déjà été traité dans, notamment, Seule dans la nuit quelques années plus tôt. Le parti-pris de ce film écrit par Brian Clemens...