La deuxième partie des années 1970 aux États-Unis voit s’achever l’âge d’or hollywoodien quand le Nouvel Hollywood vient bousculer les codes établis. Paradoxalement, ce cinéma moins immédiat et plus complexe engendrera les fameux blockbusters dont Les Dents de la Mer est certainement la première manifestation. Ils emporteront avec eux les grands films de studio taillés pour remplir les salles. Le film catastrophe est sûrement la dernière incarnation de ce vieil Hollywood avec immuable canevas et guest stars venues cachetonner. En 1977, le genre est moribond. Les plus grands succès sont passés et on ne trouve rien de nouveau à raconter. C’est cependant dans ce contexte que le duo formé par Richard Levinson et William Link écrit un scénario proposant un pas de côté au genre, ainsi qu’il l’avait déjà quelques années plus tôt avec L’Odyssée du Hindenburg. Plutôt que de tout miser sur la dimension catastrophe avec ses habituels personnages, il propose un antagoniste qui fait basculer l’ensemble sur le ton du thriller. Une bonne idée qui apporte une richesse à l’ensemble.
Difficile de ne pas penser à L’Inspecteur Harry quand on s’attarde sur le script. Le jeune homme met les autorités sur les dents pour se faire livrer des rançons en les menaçant de faire exploser des bombes sur des parcs d’attraction et, notamment, des grands huit. La première séquence du film montre, à la manière de Scorpio, à quel point le jeune homme est implacable. La suite le voit jouer au jeu du chat et de la souris avec un autre Harry, responsable de la sécurité qui ne cesse, par son mauvais caractère, de se heurter à la police chargée de l’enquête. Le scénario est plutôt malin, ne s’appuyant pas seulement sur l’aspect spectaculaire de son propos. Dommage cependant que la confrontation entre les deux hommes ne soit pas plus animale comme, justement, dans le film de Don Spiegel. La faute peut-être à des portraits psychologiques pas suffisamment poussés mais, surtout, à un George Segal (pourtant très bon) trop cérébral. Son personnage aurait clairement mérité un autre traitement. La présence de Harry Guardino et de Lalo Schifrin à la musique renforce cette parenté entre les deux films.
Le résultat n’est cependant pas aussi brillant. S’il est un artisan honnête, James Golstone n’est pas un auteur qui a une vision à proposer et son film s’apparente donc à un résultat manquant quelque peu de relief. La conclusion du film, très expéditive, est également décevante. Mais l’ensemble a ses qualités. Si Henry Fonda, clairement venu cachetonner, ne fait que passer, on apprécie la présence de Richard Widmark dont le personnage a une réelle épaisseur. Par ailleurs, le scénario est bien ficelé et propose quelques séquences où le suspense est au rendez-vous. Le film pourra paraître désuet aujourd’hui, mais il sait être fluide et efficace, notamment avec ses séquences immersives à l’intérieur des grands huit. On retrouve, par ailleurs, ce cachet si particulier des films des années 1970 qui fait toujours son petit effet. En clair, une série B très plaisante à défaut d’être marquante.