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La cellule souche
Le Trou... C'est fou comme je l'ai mis de côté, lui, un peu gêné parce que, devant cette déferlante de compliments particulièrement mérités, je sens bien que je vais surtout devoir expliquer ma...
le 22 févr. 2012
Sorti en 1960 et réalisé par Jacques Becker, Le Trou est l'adaptation d'un roman autobiographique de José Giovanni qui est également coscénariste sur le film. Il s'agit donc ici d'une histoire vraie, celle de cinq prisonniers qui tentent de s'évader de la la Prison de la Santé en 1947. Il s'agit aussi du dernier film de Jacques Becker qui décèdera peu de temps avant la sortie du film, à seulement cinquante trois ans. Il aura tout de même eu le temps de finaliser le tournage et le montage du film, bien aider par son fils Jean Becker alors assistant réalisateur sur Le Trou. Et pour interpréter les cinq prisonniers, Jacques Becker a recours à des acteurs débutants, dont Jean Keraudy qui joue en quelque sorte son propre rôle, puisqu'il faisait parti des détenus avec José Giovanni qui ont tenté de s'évader de la Prison de la Santé en 1947. Il n'y a que le cinquième détenu, le nouveau venu dans la cellule qui est un vrai acteur, ce qui tombe bien, puisqu'il doit jouer la comédie, étant considéré comme l'intrus à qui on ne sait pas trop si on doit lui faire confiance (ou pas).
Nous sommes donc en 1947, dans une cellule de la Prison de la Santé avec quatres détenus très solidaires et qui se connaissent bien. Mais voilà, Geo (Michel Constantin), Roland (Jean Keraudy), Manu (Philippe Leroy) et Monseigneur (Raymond Meunier) doivent accueillir un cinquième détenu, Gaspard (Marc Michel), le vilain petit canard, qui devra d'abord gagner leur confiance avant d'être accepté. Gaspard est un (beau) jeune homme, la trentaine, qui est accusé d'avoir voulu tuer sa femme. Il est manifestement issu d'une famille bourgeoise, ayant un phrasé et des manières appartenant à la classe plutôt aisée. Il se montre très poli, très aimable auprès de ses quatre nouveaux codétenus, mais aussi auprés du directeur de la prison. Est-ce une stratégie de sa part ou un signe de naïveté ? Toujours est-il qu'il s'attire la sympathie de ses camardes d'infortune qui ne tardent pas à lui révéler leur projet. Et ce projet, qu'en est-il ? Il s'agit de s'évader de la prison en creusant un trou (d'où le titre du film).
Le film a pour particularité de s'ouvrir sur une séquence qui montre Roland/Jean Keraudy, en 1957, s'adresser directement à la caméra pour nous dire que son histoire, qui s'est déroulée dix ans auparavant, va être racontée par Jacques Becker. C'est assez déstabilisant de voir un acteur, qui plus est jouant son propre rôle, briser le quatrième mur pour nous prévenir que tout ceci, ce n'est pas un film, mais un documentaire, ou plutôt un docu-fiction. A partir de là, on a l'impression d'assister en temps réel à la tentative d'évasion des cinq détenus. Tout est fait pour nous immerger dans cette cellule, en nous montrant de façon minutieuse et presque en temps réel, toutes les étapes menant à l'évasion (ou non). Tout nous laisse croire que l'évasion à réussie, puisqu'on voit Jean Keraudy libre au début du film, dix ans après les faits ... mais qui sait, peut-être pas ?
Tourné en 1960, dans une époque charnière, durant l'émergence de la Nouvelle Vague, on sent bien que Jaques Becker veut s'affranchir des codes du cinéma d'antan, auxquels il a lui-même participé. Que ce soit sur la forme ou sur le fond, Le Trou est un film audacieux. On a un seul décor, la cellule, des acteurs presque tous amateurs, un récit très réaliste et très centré sur les détails, à la limite de la reconstitution. Jacques Becker nous plonge dans cette cellule en faisant durer les scènes, en filmant chaque objet en gros plan, pour nous faire ressentir ce que c'est, que de vivre dans une cellule ... le spectateur est clairement le sixième homme de cette cellule. Et puis, il y a ce suspense qui montre crescendo, digne d'un Hitchcock, nous faisant nous demander s'ils parviendront à leur fin (ou non) ? Le titre du film pose également question ? S'agit-il du trou/la prison, ou le trou/le trou de la serrure, ou le trou/le tunnel qu'ils creusent pour s'évader ? Mais en fait, le trou c'est tout ça à la fois.
Et puis, Le trou c'est l'étude de l'humain, de la psychologie d'un homme privé de liberté. On s'identifie au personnage de Gaspard, qui est le cinquième doigt de la main, celui par lequel on entre dans la prison. Les quatre autres doigts se connaissent déjà et sont déjà très liés. C'est donc Gaspard qui attire tout de suite notre attention, un personnage intelligent, caméléon, qui arrive à séduire le directeur, puis ses quatre autres codétenus. On ne sait pas s'il est totalement sincère et on devine bien qu'il y a une part de calcul en lui ...
Et non, les cinq prisonniers ne s'évadent pas à la fin. C'est parce que Gaspard, le cinquième homme, les a tous trahis tel Brutus ou Judas. C'est un homme ambiguë, qui semble jouer les jolis cœurs, qui fricote avec la petite sœur de sa fiancée et qui semble cacher le fond de sa pensée. C'est donc une histoire d'amitié virile, qui termine en drame.
Jacques Becker aura traversé de manière météorique le cinéma français pour le marquer durablement de son empreinte. Le Trou est pour beaucoup son chef d'œuvre absolu, le film posthume qui vient clôturer une magnifique carrière, malheureusement interrompue prématurément. Et à l'image de Jean-Pierre Melville, décédé lui aussi prématurément à l'âge de cinquante cinq ans, on regrettera toujours tous ces (magnifiques) films qui n'auront pas pu voir le jour.
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Créée
le 13 avr. 2026
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