Je crois que le western est le premier genre cinématographique que j’aie découvert, avant même de voir les dessins-animés de Disney. La faute à un père qui m’a très vite initié à son genre préféré : le western est un des nombreux héritages culturels que je lui dois, aux côtés des Beatles, de Brassens et Sidney Bechet. Je ne compte plus le nombre de films du genre que nous avons partagés en d’innombrables soirées.
Mon admiration pour le western n’a jamais tari. Mais je me suis rendu compte que, depuis quelques années, je me tourne beaucoup plus vers les séries B du genre, ayant écumé, souvent plus d’une fois, ce que l’on pourrait appeler les séries A. Mis à part Les Sept Mercenaires, que je revois très régulièrement et auquel je voue une admiration très sentimentale, je me penche désormais en très grande partie vers l’infini réservoir des séries B. Les films peuvent, certes, être moins ambitieux, moins originaux, mais j’y trouve exactement ce que je cherche, ce que je qualifierais d’atmosphère “Dernière Séance”, de divertissement old style classique, sans surprise mais efficace, avec cet arrière-goût de poussière et de plomb.
Et dans ce lot, voici The Man from Del Rio (vous conviendrez avec moi que le titre original est bien meilleur que Le tueur et la belle). Comme bien souvent avec ce type de films, je n’en avais strictement jamais entendu parler jusque là. De même que je n’avais jamais entendu parler de son réalisateur, Harry Horner.
Le nom de Horner ne nous est pas inconnu, et pour cause : Harry Horner est le père du compositeur James Horner. Il a mené de front une double carrière : réalisateur pour le cinéma, et décorateur aussi bien à Hollywood qu’à Broadway. Si sa carrière de réalisateur fut plutôt modeste, celle de décorateur fut plus prestigieuse, au point qu’il remporta deux Oscars, pour L’Héritière, de William Wyler, et pour L’Arnaqueur, de Robert Rossen (plus une nomination pour On achève bien les chevaux, de Sydney Pollack).
Le générique du film se complète d’un autre nom important : la très belle photographie en noir et blanc est signée Stanley Cortez, qui avait travaillé comme chef op’ sur La Splendeur des Amberson ou La Nuit du chasseur, entre autres.
Enfin, le rôle principal est tenu par un Anthony Quinn plutôt en forme dans un rôle assez complexe.


The Man from Del Rio se concentre sur le personnage de Dave Robles. Il arrive dans la petite ville de Mesa, dans le but de tuer un pistolero local, Dan Ritchy. Parvenant à se débarrasser de Ritchy, Robles devient une de ces légendes de la gâchette qui sont admirées par les brutes des environs. Donc, à son tour, il est une cible potentielle pour tout tireur qui voudrait prouver ses talents.
On comprend vite que la ville de Mesa est divisée en deux pôles : d’un côté Bannister, le propriétaire du saloon, lui-même ex-pistolero ayant raccroché son colt, mais développant le culte des gâchettes rapides et invitant les tireurs des environs dans une ville dépourvue de lois où ils seront à l’abris de toute représaille face à leurs crimes divers et variés. Puissant, Bannister a réussi à faire élire comme shérif de Mesa une lopette n’ayant ni la force, ni la volonté de s’opposer aux tueurs qui courent les rues. Dès son exploit connu, Robles est invité à faire partie de cette bande.
L’autre pôle est, bien entendu, celui des honnêtes citoyens, tous plus ou moins terrorisés par la bande à Bannister, et qui s’unissent autour du médecin local et de son infirmière, Estella. Et, il faut bien l’admettre, si Robles va être de plus en plus attiré vers ce côté, ce n’est pas par suite d’une réflexion éthique qui le pousserait vers le Bien, mais bien à cause des grands yeux d’Estella. Une scène est ainsi fortement symbolique : lorsqu’une bande de tueurs s’en prend à l’improbable shérif, Robles ne remue pas le moindre doigt pour aider l’édile local. Il tourne quand même le dos à la scène, ce qui pourrait prouver une certaine gêne chez le protagoniste, mais une gêne pas assez suffisante pour l’inciter à agir.
C’est bien lorsque la même bande s’en prendra à Estella que Robles sera amené à choisir son camp.
Le film rejoint ainsi ce qui est mon thème préféré dans les westerns, celui de la difficile implantation de la loi de la République, et du conflit entre loi de la jungle et loi des hommes dans un Ouest qui se demande s’il veut rester sauvage.


Robles est au centre de ce conflit. Nous avons un personnage mal dégrossi, toujours malmené par une violence intérieure prête à éclater, et qui va se polir petit à petit. Mais la transition est difficile, puisque Robles va se retrouver rejeté par les deux camps : traître auprès de Bannister et de ses hommes, il n’en est pas pour autant admis par l’autre camp, qui ne le trouve pas assez civilisé. La scène du bal est, à ce sujet, très douloureuse, et une des dames de la “bonne société” va résumer la situation :
“l’avoir engagé comme shérif ne signifie pas qu’on doit l’accepter socialement”.
Dans ce rôle, Anthony Quinn développe un jeu intériorisé des plus intéressants. Son visage reste fermé, inexpressif, ce qui lui apporte un air mystérieux : impossible de savoir ce qu’il va faire par la suite.
Dans cette histoire, Harry Horner choisit clairement de s’intéresser au drame que subit Robles et à son histoire avec Estella, et délaisse presque entièrement les scènes d’action. Il y a bien des fusillades et des bourre-pifs dans le film, mais c’est filmé très platement, sans tension. Même le duel final ne vous fera pas trembler par son suspense. L’action pure est la partie sacrifiée du film, au profit des portraits d’une ville, d’une femme et d’un homme. Cela constitue à la fois la limite et l’originalité de ce film.

SanFelice
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le 29 juil. 2021

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