L’Engloutie
6.3
L’Engloutie

Film de Louise Hémon (2025)

Beau film d’atmosphère, grâce à une image soignée qui contribue largement à son identité, L’Engloutie magnifie les paysages naturels et enneigés qu’habitent ses personnages enclavés. Louise Hémon, de manière intelligente et sensible, nourrit sa fiction de la sensorialité saisissante et immersive de ces décors, de leurs lumières et de leurs sons, avec une réelle réussite. Mais là où son film historique tente de nous installer sur des pistes mystérieuses aux accents fantastiques, il ne mène pas à terme les promesses qu’il esquisse.  Ni l’irrationnel ni les légendes historiques des communautés montagnardes de l’époque — dans ce refus de succomber au Nouveau Monde — ne parviennent à conférer au film une véritable étrangeté. Le film semble trop conscient de l’opacité de son mystère ambiant et s’efforce de le construire dans une nuance qui ne tranche jamais. Lorsque le film installe son rythme au début, certaines séquences fonctionnent néanmoins avec une véritable profondeur émotionnelle et sensuelle. Cette réussite tient en partie à un rythme progressif et maîtrisé, aux beaux silences, aux sons laissant place au feu et à la nature, ainsi que parfois au visage perturbé et fragile de Galaté. Mais le montage, pourtant percutant dans la composition de ses contrastes, finit par s’épuiser dans des répétitions de style et de signaux suggérés d’une scène à l’autre. L’Engloutie trouve un équilibre tempéré entre le chaud et le froid. Louise Hémon préfère la stabilité d’une terre ferme, sans jamais s’abandonner pleinement. On aurait préféré glisser plus brutalement, quitte à s’ensevelir sous l’une de ses avalanches. Ce que le film réussit le mieux à capter et concentrer avec force, c’est sa dimension documentaire. En l’occurrence, ce sont les visages des vieilles dames, leurs langues, mais également le regard troublant de Daniel, personnage réellement touchant. Si nos sens sont convoqués, L’Engloutie apparaît surtout comme une œuvre esthétisante. Pourtant, Louise Hémon entreprend clairement une relecture féministe de la figure de la sorcière et de la parole illégitime des femmes — tout film historique étant un commentaire de notre époque. Si telle est bien la visée du film, c’est précisément ici qu’il se révèle plus faible et fuyant. L’épilogue vient sceller une impression persistante de frustration, voire de contresens. On sort de la salle sans avoir été véritablement bousculé hors des sentiers battus, davantage promené sur des chemins aux motifs et aux enjeux malheureusement trop familiers, avec la vague impression d’avoir vu le pilote d’une série peu accrocheuse. Avec son allure de conte envoûté et hanté, Louise Hemon peine à donner raison à son film.

Zimmerr
5
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le 5 janv. 2026

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Zimmerr

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