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Résolument old-school mais diablement maîtrisé, Bend of the River est un pur produit du western classique, où l’americana à l’honneur en inscrivant l’histoire dans l’Histoire. Guerre civile, ruée vers l’or et conquête de l’Ouest contextualisent ainsi le récit et les enjeux qui motivent les personnages arrivant sur la côte Pacifique de l’Oregon.
Si on ne retrouve pas la splendeur de la Monument Valley de John Ford ou l'Utah du futur Jeremiah Johnson, on quitte tout de même assez rapidement les peintures d'arrière-plan initiaux pour filmer la Columbia River et le Mont Hood dans leur beauté naturelle.
Une nature qui renvoie au caractère sauvage des deux personnages principaux se fondant avec elle, rampant à terre ou disparaissant entre les pins, et allant jusqu’à régler leur duel dans la rivière. Glyn (James Stewart) et Cole (Arthur Kennedy) sont les deux facettes d’une même pièce, deux pillards ayant sévi à la frontière du Missouri alors que les cendres de la guerre de Sécession retombaient, et cherchant à l’ouest une nouvelle vie.
La caractérisation des deux rivaux se fait dans une efficacité qui se passe des mots pour se faire entendre. Un raid shoshone, un regard, la mention d’un nom, et ils se reconnaissent ce passé sanglant commun, et cette dextérité revolver au poing.
Chassez le naturel, il revient au galop. C’est ce que clame Jeremy, patriarche de la caravane escortée par Glyn. Ce dernier souhaite se racheter, trouver le pardon auprès des autres et recommencer à zéro. Mais Cole lui n’y croit pas : tueur un jour, tueur toujours. Le passé est un fantôme qui ne demande qu’à ressusciter à la moindre occasion. Et quand celle-ci est une nouvelle fièvre de l’or, du genre à faire basculer Portland d’une bourgade bienveillante à un coupe-gorge mal famé en quelques mois, les deux hommes qui se reconnaissaient jusqu’alors en égaux ne peuvent que bifurquer.
Mais pour que Glyn puisse atteindre ce statut de renouveau qu’il cherche tant, il lui faudra une dernière fois laisser parler la bête qui sommeille en lui. L’occasion pour Stewart de devenir menaçant, un spectre vengeur qui ne fait plus dans la retenue et récupèrera son avenir coûte que coûte.
Jusqu’à un final où il noie Cole dans le miroir de la rivière, enfouissant définitivement son passé dans les eaux sombres. Un baptême pour l’homme nouveau.
En 1h30, Anthony Mann a livré un récit sans gras, où chaque image est signifiante et vient marquer l’identité quasiment schizophrène du protagoniste. Un sommet d’efficacité narrative.