Je me souviens encore de la première fois où j’ai vu Les Affranchis. J’entrais à peine dans l'adolescence et c’est mon père qui me l’a mis entre les mains.
Lui, il adorait ce genre de films, il en parlait comme d’un monde qu’il connaissait par cœur. Moi, à l’époque, je n’étais pas spécialement branché mafieux, costumes, règlements de comptes… et pourtant, ce film m’a scotché. Il m’a retourné la tête, et surtout, il m’a ouvert la porte à tout un pan du cinéma que je n’avais jamais regardé d’assez près.
Aujourd’hui encore, Les Affranchis, c’est mon "film de mafia" préféré.
Il y a quelque chose de profondément captivant dans ce que Scorsese arrive à construire ici. On n’est pas dans le romantisme un peu lisse du Parrain. Ici, c’est sale, nerveux, toujours au bord de l’explosion. La voix-off de Ray Liotta te prend par la main et ne te lâche jamais. C’est un récit sur l’ascension et la chute, sur la fascination du pouvoir et la banalité de la violence. Et ça le fait sans jamais tomber dans la complaisance, parce que tout est brut, frontal, sans vernis.
Les personnages sont fous.
Tous.
Henry Hill, évidemment, ce gars ordinaire happé par un monde qui le dépasse et qui le fascine. Mais c’est surtout Joe Pesci qui m’a marqué à vie. Tommy est l’un des personnages les plus imprévisibles que j’aie pu voir à l’écran. Il est drôle, flippant, minuscule et gigantesque à la fois. Il peut te faire rire une seconde et te glacer le sang la suivante.
Rien que sa scène du “funny how ?”, c’est une masterclass de tension. À chaque revisionnage, j’ai les mêmes frissons.
Et De Niro, toujours impeccable. Là où Pesci explose, lui il est en retenue, en menace permanente. La moindre expression, le moindre regard, tout est pesé. Ce trio, c’est de l’or.
La mise en scène est d’une fluidité dingue. Scorsese maîtrise son tempo comme un chef d’orchestre déchaîné. Les plans séquences, les coupes nerveuses, les ralentis bien placés, la BO qui pulse derrière… On est dans une espèce de ballet ultra violent, où tout semble millimétré sans jamais perdre en naturel. On a l’impression d’être là, de faire partie de la bande.
Mais au-delà de l’esthétique et du rythme, ce que j’ai aimé, c’est ce que le film raconte. Cette illusion de fraternité, cette idée de loyauté qui n’existe que tant qu’elle est utile. Et cette chute inévitable, ce destin qui frappe tous ceux qui se croient invincibles. Il n’y a pas de glorification ici, juste une descente lente vers le vide. Henry Hill finit dans un costume, dans une maison banale, à manger des pâtes fades… et c’est peut-être la pire des fins pour quelqu’un qui a connu ce monde.
C’est un film que je revois souvent, et à chaque fois, il me parle un peu différemment. Il m’a marqué à vie, pas juste pour ses scènes cultes, mais pour la sensation qu’il m’a laissée. Ce mélange de fascination et de malaise. Cette beauté du chaos.
Alors non seulement Les Affranchis m’a fait aimer le film de mafia, mais il reste pour moi la référence absolue. Tout ce que j’ai vu après, je l’ai toujours comparé à lui. Et très peu ont tenu la distance.