Evidemment, c'est Scorsese. Et de Niro et Pesci et Liotta. Après des années 80 un peu en berne, Martin, un des champions du Nouvel Hollywood, revient façon Mean Streets. La mafia, la lumière et la nuit. Les Affranchis constituent une des rares alternatives valable au mythe de la mafia propulsé par Francis Ford Coppola et son 3X Parrain.
Fan du Parrain, je me suis amusé à tenter le jeu des 7 différences.
1. Mythologie versus Réalisme
D'un côté, on est dans une tragédie grecque : des rites, de l'honneur, de la noblesse. De l'autre côté, on montre la réalité dégueulasse. Certes très cinégénique, mais dégueulasse. Coppola choisit de sublimer, Scorsese choisit de salir. Mais dans les deux cas, ces gens sont des pourritures.
2. Saga familiale versus itinéraire d'un enfant pas gâté
Quand FFC te parle d'une dynastie, MS te parle d'un gars des rues, fasciné et happé par un système dans lequel personne ne connait les vraies règles, à part se méfier de tous les autres, sans exception.
3. Structure vs chaos
Dans le Parrain, la hiérarchie et les règles sont claires. Règle n°1 : le Parrain a toujours raison. Règle n°2 : quand le Parrain a tort, se reporter à la règle n°1. Chez Scorsese, tout explose. Chacun fait ce qu'il veut tant qu'il reste le plus fort. La loi du plus noble (bof) vs la loi du plus fort.
4. Solennité versus énergie viscérale
On passe d'une mise en scène lente, cérémonieuse (littéralement), d'une musique qui pose à un montage nerveux, avec une musique pop-rock qui pète. Encore, toujours, la noblesse contre le petit peuple.
5. Domination versus Survivance
Quand le Parrain te parle politique, stratégie, diplomatie (et après on tue), les Affranchis te parle survie, fuite, jourlejourisme. L'un doit toujours porter beau, l'autre n'a pas de (faux) honneur, il veut seulement un peu plus que la veille.
6. Loyauté versus Infidélité
Chez Coppolo, la loyauté familiale est sacrée, presque religieuse, chez Scorsese, elle est fragile, conditionnelle, trahissable. C'est pas le sujet, en réalité, chez les Affranchis.
7. Intériorité lointaine versus subjectivité immersive
Michael Corleone pense, calcule, se referme, et nous, bêtes spectateurs, ne pouvons que contempler les dégâts. Henry Hill est en voix off, il nous emporte dans son histoire, caméra souvent POV, montage saccadé. Nous avons regardé la chute d'un homme, nous sommes maintenant l'homme qui chute.
Plutôt vivre fort et peu que vivre peu et longtemps, telle est la devise cachée des Affranchis. Ils le savent, mais ne se l'avouent pas.