Titre original du film de Scorsese. La signification de ce mot a évolué et je soupçonne même que le film de Scorsese en porte, au moins en partie, la responsabilité.

"Goodfella", à l'origine c'est le "mec bien", le "bon type". Aujourd'hui, si je vais sur google et non dans mon "Robert et Collins", "goodfella" ce n'est pas loin d'être compris comme "gangster". Alors qu'on trouve ce mot, par exemple, dans certains vieux blues avec le sens "mec bien". Sachant que le mot me semble avoir évolué, je me demande quel degré d'ironie Scorsese a mis dans ce titre. Cette ironie me semble d'ailleurs cohérente avec sa peinture d'un monde assez artificiel de potes bien en cheville, aux antipodes de la description de "mec bien" et encore moins de "bons types" …

Par contre, la traduction adoptée par nos chers distributeurs français, elle, ne fait pas dans l'ironie avec ces "affranchis" de toute règle ou de toute loi …

Et c'est bien de ça dont il faut parler maintenant. La proposition de Scorsese en 1990 s'oppose à celle de Coppola des années 70, beaucoup plus romantique, où la maffia apparaissait comme une société parallèle, bien structurée, basée sur des valeurs traditionnelles de famille et même de religion, avec des règles voisines de la société normale mais sur des activités illégales. C'en est d'ailleurs très troublant.

Tandis que Scorsese nous la joue, ici, avec la vérité des prix. Depuis son enfance, Henry Hill (Ray Liotta) l'a toujours rêvé. De voir les mecs (bien), pleins aux as, jouer aux cartes en pleine nuit au milieu de la rue, garer leur voiture n'importe comment sans rien risquer, frimer comme des caïds dans des putains de beaux costumes avec de somptueuses nanas à leurs bras, alors que lui, se prend rouste sur rouste par son père chaque fois qu'il sèche l'école, père qui turbine dans un boulot de merde qui ne rapporte rien ou si peu ! Il n'y a pas photo. Et cette vision des années 50 aux USA, à Brooklyn est d'autant plus crédible qu'elle est bien actuelle dans notre pays, aujourd'hui. Pour avoir la paix, la liberté et l'argent sans trop se fouler et vite surtout, c'est bien gangster qu'il faut faire. Même s'il faut user de violence parfois.

Il faut dire que le film, adapté de l'histoire vraie de l'ascension puis de la chute d'un Henry Hill, est remarquablement construit dès le générique où Scorsese superpose le rêve du gamin qui s'est toujours imaginé dans la peau d'un gangster avec le brutal assassinat d'un homme dans un coffre de voiture. Et tout le film se poursuivra de la même façon avec la "confession" en voix off de Henry Hill, plus âgé, (et même de temps à autre de son épouse Karen) illustrée par les scènes correspondantes, telles qu'il les a lui-même vécues ou ressenties.

La distribution est assez inoubliable avec Joe Pesci dans le rôle d'un Tommy De Vito, quasi psychopathe capable de passer brusquement de moments très gais à ceux d'une violence irraisonnée, telle la scène où un autre malfrat lui rappelle – amicalement ? - son passé de cireur de chaussures.

Le rôle de Henry Hill, le fil rouge du film, est tenu par Ray Liotta (je ne connais pas) qui s'investit bien dans son personnage d'homme quelconque passant à la position convoitée de gangster avant de retomber à celle d'homme quelconque, de "plouc" suivant ses propres mots. Le vieillissement de son adolescence à 30 ans plus tard aggravés de bonnes doses de cocaïne dans le pif, est remarquable.

Robert de Niro joue le rôle du troisième compère, Jimmy Conway, encore un personnage hautement recommandable. Là encore, le vieillissement et l'évolution du personnage sont très réussis et crédibles.

Pour finir, la bande son accompagne très bien l'ensemble du film entre quelques morceaux de soul ou de crooners bien sirupeux mais où on distingue de bons morceaux des Stones, un excellent morceau du groupe Cream (Clapton) avant de finir par un astucieux "My way" chanté par Sid Vicious …


JeanG55
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le 23 mars 2026

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