Henry Hill (Ray Liotta) sort de sa voiture, glisse un billet au portier, prend Karen (Lorraine Bracco) par la main et l'entraîne. Pas par l'entrée principale du Copacabana, par la porte de derrière, l'escalier de service, un couloir souterrain, la cuisine remplie de cuisiniers chinois, et tout droit vers la salle du spectacle où une table apparaît de nulle part, posée devant la scène juste pour eux. Henny Youngman est sur scène. Des inconnus envoient du champagne. Karen demande à Henry ce qu'il fait dans la vie. Trois minutes. Zéro coupe. Et vous venez de comprendre ce que ça fait d'être un mafieux.
Pourquoi c'est une scène culte :
Tout le film est dans ce plan. Pas l'intrigue, la sensation. Scorsese ne vous explique pas le pouvoir de Henry Hill, il vous le fait vivre. Les portes s'ouvrent avant qu'il arrive. Les gens l'appellent par son prénom. La file d'attente n'existe pas. Vous êtes derrière lui, collé à son épaule, et vous ressentez exactement ce que Karen ressent : le vertige d'être avec quelqu'un pour qui les règles ne s'appliquent pas. Le plan ne coupe pas parce que l'expérience ne coupe pas, l'ivresse du pouvoir est un flux continu, sans pause, sans répit, sans moment pour réfléchir. Si Scorsese avait monté la scène classiquement, vous auriez eu le temps de prendre du recul. Là, vous êtes piégé dans le charme.
Comment ils l'ont tournée
Le plan n'était pas prévu comme ça. Le Copacabana a refusé que l'équipe filme l'entrée principale. Scorsese a dû improviser un parcours alternatif, l'entrée de service, les couloirs, la cuisine. Ce qui devait être une contrainte est devenu le plan le plus célèbre de sa carrière.
McConkey raconte la première répétition dans Filmmaker Magazine. Scorsese voulait un gros plan sur le billet donné au voiturier, puis la caméra suit Henry et Karen. Ils traversent la rue, descendent un escalier, prennent un long couloir. McConkey regarde sa montre et pense : "C'est déjà le pire temps mort de l'histoire du cinéma. Ça ne marchera jamais." Quand ils arrivent aux cuisines, Ballhaus dit : "Marty, il faut passer par la cuisine." Scorsese demande pourquoi. Ballhaus répond : "Parce que la lumière est magnifique." Scorsese dit OK. Ils entrent dans la cuisine et en ressortent par la même porte, le parcours fait un cercle, masqué par un changement de figurants et de décor.
"Analyse complète du plan-séquence sur plan-sequences.com"
Lien de l'analyse complète du plan séquence : https://www.plan-sequences.com/categories-de-plans-sequences/les-affranchis