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Il y a deux ans, l'auteur de ces lignes qui n'est pas forcément un aficionado de l'univers "Harry Potter" avait été plus qu'agréablement surpris par le premier volet des "Animaux Fantastiques", il l'avait même adoré. En se servant de l'univers de la saga-mère comme tremplin à un nouveau autonome, le film se servait astucieusement de son statut consanguin de prequel/spin-off pour proposer quelque chose de neuf tout en ne reniant pas ses racines. En plus d'avoir une capacité d'émerveillement naïf assez incroyable avec son bestiaire toujours plus surprenant, "Les Animaux Fantastiques" se permettait aussi d'aborder des thématiques bien plus sombres et adultes en résonance avec notre époque (et un public qui a grandi) en utilisant le contexte grandissant d'une guerre "intra-mages". Généreux en péripéties et peuplé de personnages qu'on n'avait déjà plus envie de quitter (Norbert Dragonneau et ses acolytes en tête), "Les Animaux Fantastiques" était en plus un film qui se suffisait à lui-même, des jalons étaient certes posés pour l'avenir mais on avait majoritairement là un long-métrage qui se reposait avant tout sur la richesse de sa propre mythologie et de l'aventure qu'il proposait sur un seul épisode. Bref, David Yates et J.K. Rowling avaient parfaitement réussi leur tour d'équilibriste de décliner leur univers dans une proposition offrant des perspectives inédites et, à vrai dire, on ne demandait qu'à repartir explorer le contenu de la valise magique de Norbert avec la menace du mystérieux Grindelwald en toile de fond...


Alors que s'est-il passé pour que l'on sorte aussi mitigé de ce deuxième volet ? Eh bien, la magie prometteuse du précédent qui nous avait tant ensorcelé a tout simplement disparu à cause de deux énormes mauvais choix imputables au scénario de J.K. Rowling.
D'abord, alors que l'on espérait voir s'étoffer l'univers des "Animaux Fantastiques" vers encore plus d'indépendance vis-à-vis de la saga mère, c'est l'exact contraire qui se produit ! En dessinant deux camps opposés dirigés par les ennemis Grindelwald et le jeune Dumbledore, Norbert Dragonneau et sa bande n'apparaissent plus que comme des pions au service d'intérêts antagonistes découlant tout droit de la mythologie Harry Potter, même les fameux animaux fantastiques ne sont plus que de vulgaires instruments pour l'emporter sur divers adversaires. On se retrouve ainsi à suivre une nouvelle mise en place d'une énième grande bataille rappelant fortement ce qu'on a pu suivre dans la franchise précédente, d'autant plus que les divers twists sur des questions de liens de sang ou de personnages passant d'un camp à un autre semblent toujours être des ersatz d'événements que l'on a déjà croisé dans les années passées à Poudlard en compagnie du jeune sorcier à lunettes (d'ailleurs, en plus d'être inutile, le flashback dans la fameuse école est totalement opportuniste).
Et, dans cette optique désormais affichée de construire une saga de cinq films (là où le premier évitait intelligemment de trop le revendiquer), la deuxième erreur impardonnable est d'avoir fait des "Animaux Fantastiques 2" un simple épisode de transition ne racontant rien ou pas grand chose si on le prend indépendamment et où les enjeux posés pour l'avenir ne convainquent guère par leur pertinence. En effet, même si les motivations plus contrastées (et plutôt bien vues) de Grindelwald diffèrent, impossible de ne pas y voir un décalque un peu facile de la préparation de la bataille contre Voldemort ne possédant plus le moindre effet de surprise ou la capacité de se révéler vraiment palpitant. Il devient donc difficile de se passionner un tant soit peu pour ce deuxième épisode tant il marque une régression totale par rapport aux promesses alléchantes que nous avait laissé entrevoir son prédécesseur...


Heureusement, s'il y a un coeur qui bat à dénicher dans ce deuxième opus formaté pour une franchise, il est bien du côté des personnages du premier film. Même relégués et écrasés au second plan par des forces belliqueuses supérieures, ils parviennent à offrir quelques moments magiques à un long-métrage qui en manque cruellement en ressassant les recettes éculées d'un succès passé. Que cela soit les retrouvailles entre Norbert et Tina ou la relation touchante entre Jakob et Queenie, les interactions de la petite bande sont clairement les rouages les mieux huilés de la mécanique rouillée des "Animaux Fantastiques" et réussissent à y faire transparaître une véritable émotion, même la nouvelle venue Zoë Kravitz en Leta parvient à faire entendre sa voix dans son rapport ambigu à Norbert malgré un personnage au développement trop précipité pour nous attacher à son sort.
Ainsi, ceux qui apparaissent déconnectés de la petite bande pour servir le plus grand plan qui se dessine s'avèrent bien plus fades par comparaison : Johnny Deep a beau être étonnant de sobriété en Grindelwald, il n'est au final qu'une figure maléfique de plus attendant d'être vraiment construite (la scène d'introduction très réussie a tout de même le mérite d'installer son aura), Jude Law ne fait que passer en figure paternelle bienveillante de Norbert pour préparer son élève, on se fiche autant du personnage d'Ezra Miller que de son obsession à retrouver ses parents (et c'est un brin embêtant vu que le film est bâti autour de cette intrigue)... Bref, tous ces nouveaux protagonistes censés motiver le futur de la saga n'ont pas un grand intérêt et peinent à exister au-delà de la caricature qui nous en est présentée. Un comble lorsqu'on voit tellement briller la qualité de ceux du premier film qui se retrouvent presque sacrifiés par des enjeux aussi plats que répétitifs !


L'aspect commercial de franchise a donc rattrapé tout ce qu'on avait pu adorer dans le premier "Les Animaux Fantastiques" pour le dénaturer et en supprimer les velléités d'indépendance vis-à-vis de l'univers d'Harry Potter. "Les Crimes de Grindelwald" n'est qu'un film de transition sans âme vers quelque chose dont on se fiche déjà par avance tant on ne voit pas comment son manque d'originalité pourrait un minimum nous surprendre. On en vient même à douter de notre envie de découvrir un troisième épisode... À vrai dire, on en viendrait presque à espérer que Norbert Dragonneau et ses amis s'échappent de cette galère vers un nouveau spin-off où ils reprendraient vraiment leurs rôles de héros car, apparemment, la saga "Les Animaux Fantastiques" ne leur appartient plus.

RedArrow
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le 16 nov. 2018

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