Les Arnaqueurs par Frankoix
*****SPOILERS*****
Roy Dillon (John Cusack) est un escroc minable dont la mère, Lilly (Anjelica Huston), est à la solde d'un bookmakeur véreux, Bobo, qui l'envoie parier sur les champs de courses et qu'elle vole en secret depuis de nombreuses années. Lilly fait la connaissance de la petite amie de Roy, Myra (Annette Bening), qui trempe elle aussi dans des affaires malhonnêtes...
Une demi-réussite. Le film est perpétuellement en-deçà de ce que laisser espérer son affiche, et ne rend pas entièrement justice au roman noir de Jim Thompson, adapté ici par Donald Westlake. On comprend ce qui a attiré Martin Scorsese, producteur du film, dans cette peinture violente d'un univers fascinant (celui des arnaqueurs) où s'affrontent des personnalités sans morale ni limites. L'ouverture du film est d'ailleurs très prometteuse : la présentation des trois personnages principaux se fait en split screen, sur la musique ironique d'Elmer Bernstein ; les trois silhouettes qui se dessinent petit à petit s'appuient sur des stéréotypes mais de manière frontale et maîtrisée : Roy est un adolescent attardé et négligé qui cherche à se donner un genre ; Lilly est une imposante blonde platine portant une robe rouge écarlate, et Myra, toute en quincaillerie et mini-jupes, est la vulgarité incarnée. Un trio dont les activités sordides nous sont présentées en parallèle, avec un détachement, une distance qui jouent contre toute implication émotionnelle.
La structure d'ensemble du scénario est solide et parfois très originale, mais les dialogues restent plats et manquent singulièrement de punch, comme beaucoup de situations, qui se construisent sur une tension allant crescendo jusqu'à un climax décevant (la confrontation entre Lilly et Bobo, pleine d'électricité, s'avère finalement insatisfaisante car frustrante). Stephen Frears n'a pas voulu renouer avec un glamour nostalgique du film noir, et met en relief les bassesses et la lâcheté absolue de personnages pris au piège de leur propre médiocrité, et qui tentent d'y échapper, avec des succès divers. Roy est un homme qui n'a pas de tripes (un coup à l'estomac l'envoie à l'hôpital), alors que Lilly est une femme qui sait encaisser les coups. « L'arnaque, c'est comme le reste. Tu grimpes ou tu coules », explique-t-elle, impitoyable, à son fils. Elle est prête à tout pour survivre (même après avoir tué Roy par accident, elle se ressaisit et repart vers de nouveaux horizons). Les rapports entre ces deux êtres sont complexes mais manquent réellement de force : la relation incestueuse entre la mère et le fils est évoquée, amorcée (Lilly cherche à séduire Roy pour qu'il la laisse filer avec son argent), mais n'est finalement que survolée.
Anjelica Huston, formidable comédienne, aurait dû donner plus de grandeur à Lilly. On a le sentiment permanent de la voir se brider et jouer en sourdine, comme effrayée par le caractère extrême de la femme qu'elle incarne. Annette Bening, en revanche, est excellente : le visage de l'actrice, à la fois lumineux et pervers, exprime une partition d'émotions très fines ; elle fait de Myra une créature clinquante, hypocrite, sensuelle et formidablement intelligente (elle est particulièrement brillante dans le flashback qui revient sur son passé d'arnaqueuse).
Sa seule présence permet de suivre « Les Arnaqueurs » sans déplaisir, même si l'on reste frustré par le manque d'audace, d'intensité et d'ampleur du film.