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80 critiques
Un peu brouillon
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le 2 févr. 2022
Baiser d'été de Bernard Toublanc-Michel : 5/10. Sur un point de départ amusant, le cinéaste déroule trop mécaniquement son programme en prenant systématiquement le contre-pied des plus grosses ficelles du théâtre de boulevard. Abandonnant le temps d'une parenthèse le huit clos du navire, il jette à l'eau ses marionnettes et tente l'Avventura du cinéma moderne en prenant d'assaut les plages et les falaises. Mais contrairement au film d'Antonioni, ici le protagoniste est vite retrouvé et nous retournons bien tranquillement sur le bateau, où le capitaine et mari attend ses cornes. La soutane sera gentiment malmenée et la bourgeoise aura son frisson anticonformiste annuel avant de remonter dans la petite auto en direction du foyer et des enfants, le tout sans trop de dommage. Une fois le procédé établi, c'est sans déplaisir particulier que nous laissons le tout défiler sous nos yeux, dans une indifférence polie.
Baiser de Judas de Bertrand Tavernier : 3/10. De loin le segment le plus insupportable. Tavernier multiplie les démonstrations de maîtrise du mouvement d'appareil et du joli cadrage, au prétexte d'une petite variation sur le thème aujourd'hui bien douteux "souvent femme varie." Loin de trahir une quelconque distance ironique, le ridicule des stéréotypes convoqués (mention spéciale aux lunettes noires du gangster "à l'américaine") ne montre qu'une incapacité à dépasser le caprice infantile de l'auteur qui promet faire comme à Hollywood "quand il sera grand."
Baiser du soir de Jean-François Hauduroy : 5/10. Pour son unique réalisation, l'ancien assistant de Jacques Becker offre ici un postulat qui, s'il ne vole pas bien haut, éveille toujours la curiosité du spectateur et le maintient éveillé quant aux stratégies qui vont être mises en oeuvre par un protagoniste plus ou moins minable (ici, embrasser la jolie fille avant la fin de la soirée, pari de vingt-mille francs avec un ami). L'ensemble est trop cousu de fil blanc, même si l'intérêt se maintient pour les quelques moments où le dandy se ridiculise. La mise en scène appuyant combien la jeune femme est soucieuse de son apparence, on attend tranquillement l'instant où, dépassant la superficialité, elle se révèlera calculatrice, jolie mais pas bête. Cela se produit en effet, et alors on tire sa révérence à cette anodine sauterie mondaine, avec la même politesse dans laquelle on quittait le premier segment.
Baiser de 16 ans de Claude Berri : 4/10. A peine plus supportable que le Tavernier, un cran au dessus tout de même pour un rythme qui ne laisse pas le temps de s'ennuyer. Berri se prend les pieds dans le tapis en pariant sur un faux calcul : à personnages pathétiques, interprétations pathétiques. Bien vite il soulève le couvercle sur un mijoté de lieux communs, savamment dosés mais qui n'en restent pas moins sur l'estomac, la mise en scène confondant vitalité et avalanche de pitreries lourdingues. Imiter le "style Nouvelle Vague" (si tant est qu'il existe une telle chose) n'a pas beaucoup d'intérêt quand on ne sait diriger ses acteurs autrement que vers des stéréotypes grossiers de garçons débiles et de filles gourdes et faciles, comme n'importe quel septuagénaire qui n'a toujours pas digéré sa première ride.
Cher baiser de Charles L. Bitsch : 7/10. Bitsch nous sauve la mise en nous contant joliment, avec une minutie, un soucis constant du geste et du détail, la brièveté d'une rencontre insolite entre un homme et une femme. Il manifeste un soucis de netteté et de rapidité du trait, de précision des contours, comme pour attraper au vol et recueillir cet instant passager, avec ce qu'il comporte de vérité et de mensonge, de joie et de tristesse, de beauté et de pathétique, le préservant des déformations et des biais du souvenir en le captant entièrement, dans ses moindres détours. Comme si le temps jouait contre l'auteur, et qu'il lui importait de saisir la plenitude de l'instantané avant qu'il ne s'embourbe dans les eaux troubles de la mémoire. D'où cette absence apparente de cohérence et de sûreté démiurgique. Il n'y a ni astuces oniriques ni complexité psychologique dans l'art de Bitsch, simplement l'incertitude, effrayante et fascinante à la fois, devant la succession hasardeuse des évènements qui n'obéissent à d'autre logique que la leur, mystérieuse et immanente. Ce mystère est la seule morale à tirer du film. Et si la fable est douce-amère, c'est parce que l'auteur nous compte, consciemment où non, le récit de son échec. Echec fatal, car, n'en déplaise à Robbe-Grillet, le cinéma est un art du passé. Il imprime des évènements qui ne sont déjà plus. Le cinéaste ne peut donc faire autrement que de nous conter son histoire à l'imparfait, en tâchant de nous rendre un peu de cette angoisse mêlée de joie et de ce respect mêlé de modestie ressentis à l'instant où il enregistrait le réel. Bitsch a retenu de la comédie américaine l'art de la situation, et c'est essentiellement la part de plaisir qu'il éprouve à raconter qui est communiquée au spectateur. C'est l'espoir déçu de cette petite révolte contre l'infaillibilité du temps que la jeune fille semble emporter sous les haut vents ensoleillés de la terrasse du café parisien, alors que restés derrière la porte vitrée nous la regardons s'éloigner.
Créée
le 17 mai 2026
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