Issu du coffret documentaire "Suite Normande", "Les Bêtes" est le premier documentaire que je regarde de la réalisatrice. Sans être particulièrement marquant ni exceptionnel, il demeure à la fois instructif et subjectif. Peu de précisions factuelles, plus des moments d'échanges volés, forcément partiels, avec des opinions parfois tranchées et qui manquent de nuances, mais qui montrent une facette sans doute plus intéressante que celle que nous propose la télé-réalité de M6. Même si la "solitude" agricole est sans doute un phénomène qui a aussi son intérêt, le traitement fait toute la différence.
Ici pas de pathos, on laisse les gens s'exprimer sans alourdir l'ensemble d'effets dramatisant. La réalisatrice, dans ses contacts, se retire, n'étant présente que (c'est déjà beaucoup) dans le choix de montrer ou non les choses, mais ne tente pas vraiment d'orienter les réactions, laisse cette liberté à la fois de propos et de ton, faisant naître à la fois de l'espoir, de l'amitié entre hommes et bêtes, mais aussi un certain pessimisme, l'impression d'un rouleau compresseur qui écrase tout et contre lequel les protagonistes du documentaire ne peuvent lutter. Le choix d'alterner liens avec animaux domestiques (et leurs propriétaires) et animaux des champs est aussi le bienvenu, présentant deux facettes d'un métier qu'on découvre aussi dans tout ce qu'il a de communication non verbale, de conseil, de paroles pour consoler, rassurer.
Il est regrettable que le tout manque, comme je l'ai dit, d'un peu de nuances. Tous les agriculteurs ou éleveurs ne sont (n'étaient) pas dans la même situation, et on présente souvent ceux qui souffrent et qui pâtissent, qui râlent (parfois avec raison), mais jamais l'autre facette, ceux qui arrivent à profiter d'un système. Une vision un peu trop uniforme relayée par le traitement des médias, malheureusement.