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Nous sommes à une époque très spéciale. Les cinéastes du Nouvel Hollywood sont en train de changer de dimension. 3 ans auparavant, Coppola réalisait Le Parrain. Dans deux ans, nous aurons Taxi Driver et Star Wars. Et là, c'est au petit Stevie de passer à la vitesse supérieure.
Il y a un certain paradoxe dans ce film : film au budget relativement modeste, il marque cependant le début d'une nouvelle ère du cinéma hollywoodien et va permettre l'arrivée des blockbusters basés sur le "toujours plus".
Mais il est l'exact opposé de la majorité de ces blockbusters. Jaws, c'est peu d'argent mais beaucoup d'idées de mise en scène.

Le film me paraît clairement divisé en deux : une première partie qui se déroule essentiellement sur la plage, et une seconde partie, dans le bateau.
La première partie est un modèle de suspense. La caméra de Spielberg emploie tous les procédés possibles pour faire naître la tension chez le spectateur. Ainsi, la découverte du cadavre de la jeune femme, au début. D'abord le policier qui s'écroule, visiblement dégoûté par quelque chose : le spectateur se doute que ça va être terrible. Puis, Brody et le jeune homme arrivent : ils voient l'horreur, leur visage reflète l'horreur, mais le spectateur ne voit toujours rien. Rien de mieux pour le mettre mal à l'aise.
Est-ce qu'on le voit, finalement, ce cadavre ? Oui et non. habilement, Spielberg nous montre quelques doigts qui dépassent d'un monceau d'algues et de bestioles grouillantes. Il suggère plus qu'il ne montre.
D'ailleurs, Jaws est un film où on voit relativement peu. Bien entendu, la star, c'est le requin, mais par un magnifique jeu de caméra subjective, on ne le voit pas avant longtemps. On commence à le deviner au bout d'une heure, donc à la moitié du film. Et on ne le voit clairement que dans les scènes finales (la seule erreur, à mon avis : ne pas le voir du tout ne m'aurait pas dérangé, personnellement).
Un requin absent de l'image mais au centre de toutes les discussions et les préoccupations. Et c'est là un des coups les plus réussi du film, selon moi : faire de l'animal un monstre, insister sur son aspect monstrueux, hors-normes. Plus Brody se renseigne, plus se façonne l'image d'un tueur sanguinaire, impitoyable, et quasiment surnaturel. "On ne sait pas combien de temps ça vit, un requin. 2000, 3000 ans". Les photos des livres augmentent encore le caractère terrifiant d'un tueur invisible et inconnu. Et la seconde partie insiste sur le thème : ce n'est pas un requin ordinaire, c'est un monstre dans sa catégorie.

Spielberg sait merveilleusement bien jouer avec nos nerfs. Il faut voir comment il multiplie les fausses pistes. Une ombre dans l'eau qui vient menacer une baigneuse ? Tension... mais ce n'est qu'un papy affligé d'un ridicule bonnet de bain. Et les exemples se multiplient.
Le jeu sur les silences est très impressionnant. Réservant la musique aux attaques du requin, le cinéaste joue très bien sur la bande son, mais les scènes de silences sont très marquantes. Silence quand Quint fait crisser ses ongles sur le tableau. Silence quand Brody se fait gifler par la mère. Silence sur la mer redevenue calme après la première attaque.
L'influence hitchcockienne m'a paru évidente dans ce film, y compris dans la présence de l'humour. Non, mais honnêtement, un chef de la police d'une station balnéaire qui n'aime pas l'eau, faut le faire ! Il faut voir Brody faire bien attention à ne pas toucher l'eau lors de la seconde attaque du requin ! Et puis, les trois comparses sur leur bateau, ils ont parfois un comportement de gamin (voir Hooper écraser son gobelet en plastique).
Mais l'humour est toujours contrebalancé par une reprise immédiate de la tension. Le film est magnifiquement organisé : absence totale du moindre temps mort, aucune baisse du suspense mais de petites scènes plus légères qui permettent au spectateur de respirer, etc. Il faut voir tout ce qui arrive dans les dix premières minutes : les campeurs, le bain de minuit, la première attaque, la découverte du cadavre et la décision de fermer les plages. Le rythme est donné, il ne faiblira pas.
Dans la première partie, il est aussi très intéressant de constater que le requin n'est pas le seul animal carnassier du film. Quand des enjeux commerciaux entrent en ligne de compte, plus rien n'a d'importance. Et la scène où, dans la panique, les baigneur sortent de l'eau en n'hésitant pas à se monter les uns sur les autres, montre bien, là aussi, que l'homme peut être un prédateur.
Le revoir m'a permis de réparer une de mes plus grosses injustices.

[+4, parce que j'avais franchement honte de ma note de départ]

un an plus tard : revu une fois de plus. Fasciné par le jeu extraordinaire de Robert Shaw. Plus grande attention portée à la musique, et Williams s'est manifestement fait plaisir. Aucun temps mort.
Ne boudons pas notre plaisir.
+1

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