C'est un genre de film (les amours ancillaires) qui ne m'attire pas spécialement. Au total, je n'ai vu que trois films de Philippe Le Guay ne me permettant pas vraiment de tirer des généralités. Mais surtout, il y a un comédien dont le jeu me rend généralement, par expérience, un peu perplexe (euphémisme ...) : Fabrice Luchini. Je partais donc avec un certain nombre de handicaps à surmonter.
Au deuxième visionnage, force est de constater qu'il ne s'agit pas d'une énième version cinématographique d'amours ancillaires et que Fabrice Luchini s'est bien assagi avec le temps.
On est dans la France des "trente glorieuses", très gaullienne, des années 60 où bien des nuages ont fini par s'estomper … En parallèle, notre voisin espagnol est toujours franquiste. Les plaies de la guerre civile toujours vives et la misère poussent les femmes espagnoles à s'exiler en France où elles constituent des bataillons de femmes de ménage. Ce dernier point, je le prends tel quel car, en fait, je ne sais pas. Partons du postulat suggéré par le film où ces femmes acquièrent une réputation de femmes de ménages très sérieuses et très efficaces malgré des conditions de vie précaires et inconfortables. Les fameuses chambres de bonnes, ici, au 6ème étage, sans ascenseur, sans chauffage et sans eau courante (ou juste un robinet commun sur le palier). Toutes ces femmes servent les familles bourgeoises habitant les appartements cossus des immeubles du XVIème. Et si elles ont acquis une grande réputation de sérieux et d'efficacité, en revanche, elles sont totalement invisibles aux yeux de leurs patronnes françaises, affectées et convenues, ainsi que des autres français en général. C'est là, le sujet du film de Le Guay.
Le propriétaire de l'immeuble, grand bourgeois, patron d'une charge d'agents de change, transmise de père en fils depuis plusieurs générations, découvre, par hasard, ce sixième étage et surtout ces femmes espagnoles qui exhalent une joie de vivre malgré les conditions de vie très précaires et un travail harassant au service des bons bourgeois. On pourrait parler de choc des cultures mais c'est bien plus que ça. Le bon bourgeois (Fabrice Luchini) découvre un monde très différent de celui dans lequel il a toujours vécu, compassé et hypocrite, contraint par les convenances sociales, où l'amitié ne se conçoit guère qu'intéressée. Là, il découvre des femmes solidaires entre elles, empêtrées aussi dans des contraintes sociétales et religieuses mais capables de grande générosité et de reconnaissance. Et lorsque le torchon brûlera entre sa femme (Sandrine Kiberlain) et lui, il n'hésitera pas longtemps à rejoindre ce sixième étage et ses nouvelles copines dont, en particulier, la charmante femme de ménage (Natalia Verbeke) qui sert chez lui …
On n'est pas très loin du conte de fées humaniste auquel on veut bien croire car on a bien envie d'accompagner ce Fabrice Luchini dans sa découverte d'un monde qu'il ne soupçonnait pas, dans l'ouverture de ses yeux et de son cœur aux autres. Et comme en plus, Fabrice Luchini la joue très sobrement, que les jeux des actrices espagnoles respirent l'authenticité et la joie, que Le Guay a bien pris soin de ne pas sombrer dans la caricature facile, on finit par regarder le film avec un regard tendrement amusé.