Voir le film

Ce premier long-métrage du cinéaste germano-iranien Behrooz Karamizade, encore inconnu sous nos contrées, a de quoi séduire. Dans un pays miné par la violence commise envers les femmes, il s’intéresse à la difficulté d’être homme, d’en devenir un, de prendre femme, d’obtenir un emploi, d’exister socialement, de supporter les pressions économiques, de trouver un lieu, d’être libre.

Pour cela, il nous plonge dans un monde masculin rude et sans pitié, que l’argent, rare et difficile à gagner, gouverne. Les deux figures d’autorité, représentées par le patron des pêcheurs (ou le patron du restaurant, quoique personnage fugace) et le père de Narges (eux-mêmes obéissant sans le vouloir à la toute-puissance du lucre, qui les domine) se révèlent en effet cruelles, totalement dominatrices, peu enclines au dialogue, imposant leurs règles et leur volonté en dépit des autres – sans éprouver de culpabilité, de doute ou de remords, même lorsque leurs décisions vont à l’encontre de l’avis des leurs ou, pire encore, si leurs conduites peuvent aboutir à la mort. Le jeune Amir l’apprend à ses dépens : être docile, accepter silencieusement l’autorité, la pression sociale et l’ordre défini devient essentiel – argumenter, se rebeller ou casser des pare-brises ne mène inéluctablement à rien – son compagnon de piaule le sait pertinemment, qui cherche à tout prix à fuir le pays et sa répression.

Au fond, cette situation sociale peut être comprises comme une parabole d’un système iranien oppressant et liberticide où les individus sont privés d’espoir, de futur et d’ailleurs, pris malgré eux dans des filets jonchés d’ordures d’où ils ne peuvent s’extraire. En effet, l’itinéraire d’Amir subit profondément la force des déterminismes, de sorte que la forme empruntée par le récit ne semble pouvoir être que la tragédie. La mise en scène de Karamizade nous plonge dans le silence trouble et menaçant de l’eau, nous assoit en face de la mer dans la maison à bâtir qui demeurera toujours inachevée, nous entraîne dans des courses illégales à moto ou nous place à côté du feu dans une très belle scène de danse comme forme de communion.

Un beau voyage en territoire interdit.

7,5/10

Marlon_B
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.

Créée

le 20 févr. 2025

Critique lue 497 fois

Marlon_B

Écrit par

Critique lue 497 fois

6
1

D'autres avis sur Les Filets vides

Les Filets vides

Les Filets vides

8

constancepillerault

2443 critiques

Critique de Les Filets vides par constancepillerault

Un très beau drame social (production germano-iranienne) découvert sur arte. tv (grâce à une note d'un de mes éclaireurs). Il était temps, car le dernier jour pour voir ce film est le 1/8 ...Le film...

le 30 juil. 2025

Les Filets vides

Les Filets vides

7

Ferdinand75

714 critiques

film original attachant

Un petit film iranien assez atypique hors des sentiers battus, ou du « trend iranien » habituel, plus intellectuel, plus philo. Ici une histoire d’amour contrariée entre une jeune fille d’un bon...

le 2 déc. 2025

Du même critique

Call Me by Your Name

Call Me by Your Name

5

Marlon_B

910 critiques

Statue grecque bipède

Reconnaissons d'abord le mérite de Luca Guadagnino qui réussit à créer une ambiance - ce qui n'est pas aussi aisé qu'il ne le paraît - faite de nonchalance estivale, de moiteur sensuelle des corps et...

le 17 janv. 2018

Lady Bird

Lady Bird

5

Marlon_B

910 critiques

Girly, cheesy mais indie

Comédie romantique de ciné indé, au ton décalé, assez girly, un peu cheesy, pour grands enfants plutôt que pour adultes, bien américaine, séduisante grâce à ses acteurs (Saoirse Ronan est très...

le 18 janv. 2018

Murina

Murina

7

Marlon_B

910 critiques

Tuer le père

Après avoir laissé le temps au récit de se construire, Murina gagne en tension et nous fait plonger dans les abysses sentimentales et psychologiques d’une famille, finissant en apothéose avec ce...

le 5 mars 2022