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Une jeune fille, Valeria, 17 ans et l’air d’en avoir 15, a un polichinelle dans le tiroir. Pas vraiment prévu, elle l’assume pourtant et son mec aussi, ses parents moins mais passons. Arrive alors sa mère, l’Avril du titre, qui va avoir une place de plus en plus importante dans la vie de Valeria. Emma Suárez, la Julietà d’Almodovar, ici à contre-emploi dans cette génitrice ogresse s’appropriant peu à peu le film, incarne à la perfection cette figure tutélaire de castratrice comme le cinéma en voit peu passer sans tomber dans le ridicule ou la surenchère.


Solitude, inceste, maltraitance à l’école, malade sans espoir de guérison, voilà les thèmes qui peuplent les films de Michel Franco, de quoi faire passer Almodovar pour un grand calme. Pour être honnête, je suis allé voir les filles d’Avril, grand prix du jury d’un certain regard 2017, avec un léger a priori, d’autant plus que son dernier, Chronic, l’incompréhensible prix du scénario à Cannes 2015, m’avait fait l’effet d’une mauvaise blague.


Au-delà de la radicalité de ses thèmes, Michel Franco signait ses films d’un dispositif qu’il poussa dans ses derniers retranchements. En effet, la caméra était fixe, le plan ne bougera pas, et le film était ainsi composé d’une trentaine de vignettes, sans musique bien entendu. Dans ses premiers films, Después de Lucia notamment, cela offrait un sacré tour de grand-huit émotionnel avec le hors champs, mais arrivé à l’épure totale de Chronic, on touchait au calvaire. Certaines séquences pouvant aller jusqu’à cinq minutes avec Tim Roth qui pèle une pomme… C’est long cinq minutes.


Les filles d’Avril s’ouvre ainsi sur une jeune femme dans une cuisine, avec une frayeur croissante je la vois s’approcher d’un fruit justement et, miracle, la caméra bouge. Ça reste rigide mais Franco abandonne son dispositif. Il garde un gout pour les cadres bien fait et les plans séquences quand il faut mais conjugué à une réalisation plus classique. Le tout n’en est que plus agréable. Non pas que je dénigre les films à dispositifs, mais se renouveler à son cinquième long-métrage, c’est bien aussi.


C’est donc sur ce terrain des relations mère-fille que franco décide de nous mettre une nouvelle fois en position latérale de sécurité à chaque tabou brisé. Dans son style chirurgical aidé d’une économie dans les dialogues et la narration, il va à l’essentiel pour nous faire découvrir en même temps que ses personnages toutes les ramifications torturées de son scénario à mi-chemin entre le drame enragé et le thriller. On accuse le coup, et si l’on devine certains rebondissements, ce n’est que pour voir nos pires prédictions se réaliser. Il installe un vrai suspens du genre à tenir en haleine sans discontinuer dès la première demi-heure passée, rien à voir avec l'épopée sociale tire-larme, ici on est dans l'étude de mœurs pas dénuée de cynisme, et pourquoi pas d'humour noir. Sans rien concéder à la radicalité qui fait son sel, Michel Franco dresse une nouvelle fois des portraits crédibles dans des relations humaines poussées au-delà de la normale mais jamais en dehors de la réalité. C’est terrifiant parce que ça sonne vrai.


Si je n’ai rien contre le gagnant d’Un certain regard 2017, Lerd un homme intègre, qui est un intéressant brulot politique, Les filles d’Avril n’en reste pas moins une pépite et une parfaite introduction à cet auteur. On tient là un des meilleurs films de Cannes, toutes compétitions confondues, et un des plus réjouissant de son réalisateur qui pour une fois ne nous laisse pas complètement misérable quand le générique tombe.


Initialement publié sur: http://cinematogrill.fr/les-filles-davril/

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le 27 juil. 2017

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