🎬 LES FILLES DÉSIR - de Prïncia Car | ⭐ 8,5/10
D'abord agacé par ces scènes collectives trop vues d'une jeunesse des cités bruyante, bavarde et agitée.
Puis intrigué par la finesse avec laquelle se nouent petit à petit les liens entre les différents personnages, notamment avec cet angle original du personnage masculin macho protecteur et bienveillant.
Enfin emporté par la justesse de ce que le film raconte sur le déterminisme social, sur les difficultés rencontrées pour dépasser les stéréotypes les plus archaïques sur les rapports hommes-femmes chez les jeunes des quartiers populaires.
Le film interroge en effet avec beaucoup de pertinence les difficultés pour une jeune femme à se construire tout en échappant aux clichés de la femme légère ou soumise. La caméra glisse, doucement du regard des garçons vers celui des filles, les trajectoires personnelles des deux personnages féminins offrant un contrepoint puissant aux regards masculins.
En effet, grâce à un déplacement de point de vue subtil mais décisif, le titre prend soudain tout son sens : Les Filles désir, ce ne sont pas les objets du désir. Ce sont celles qui désirent, qui décident, qui refusent de se laisser enfermer dans des cases.
Les jeunes acteurs, qui font pour la plupart leurs premiers pas à l'écran ici, sont épatants. Le film est le fruit d’un travail au long cours : huit ans d’ateliers d’écriture avec des jeunes de Marseille, encadrés par la réalisatrice. Leur fougue et leur naturel rappelle celle d'une jeunesse déjà mise en lumière à l'écran dans d'autres films comme Mektoub my Love, Sheherazade ou Corniche Kennedy.
Présenté à la Quinzaine des cinéastes à Cannes, ce premier long métrage vibrant impressionne par son authenticité, son énergie et sa précision. Le film n'est pas parfait mais Prïncia Car réussit à émouvoir en mêlant énergie brute, engagement social et regard féministe, tout en bousculant les stéréotypes sur les rapports de genre.