— I had a hard-on this morning when I woke up, Tina... Had your name written all over it.
— There's four letters in my name, Rod. How can there be enough room on your joint for four letters?
S'ouvrant sans perdre de temps en plein milieu d'un cauchemar, et enchaînant sur des dialogues bien punchy de ce style, A Nightmare on Elm Street assume de pas faire dans le sentiment et dans la longue mise en ambiance. Il tranche les codes dans tous les sens. Pas d'interminable teasing du méchant, on le voit d'entrée de jeu. Pas de stupides personnages interchangeables, ils ont tous une personnalité et un cerveau, au point de jouer à nous faire prendre pour le personnage principal une Tina qui connaît dans la première partie du film une mort singulièrement marquante pour l'enfant que j'étais à mon premier visionnage, avant de nous dire « Eh non, c'est Nancy l'héroïne, en fait. »
Et quelle Nancy ! Oubliez vos Jamie Lee Curtis hurlantes et trébuchantes, dites salut à une Ellen Ripley pré-Cameron. Elle fait face. Lucide, calme, épuisée, avec un certain charisme sous les traits d'une actrice qui à mon sens fait bien plus le taf que ce qu'on en a dit. Elle se résigne à devoir se battre seule, non pas par la force des choses et parce que tout le monde est mort comme pour Ripley, mais bien parce que personne n'est fiable : Johnny Depp est un branleur inutile, et son père lui aussi manque à ses promesses les plus critiques. Comme sa mère en son temps, elle est abandonnée, enfermée par les figures autoritaires sur le terrain de chasse, et doit affronter le prédateur par ses propres moyens sans rien attendre de personne.
Peu prompt à me lancer dans une lecture purement féministe pourtant tentante, c'est avec un brin de mauvaise volonté que je laisse mon âme d'enfant se tourner vers une grille plus universelle, entendant ce film comme un immense « Ne comptez que sur vous-mêmes, démerdez-vous. »
Au-delà de ces considérations analytiques qui pourraient m'occuper sur des pages et des pages si je voulais le faire correctement et pas juste griffer la surface, tant ce film nous renvoie perpétuellement en nous-mêmes et coupe dans le vif de nombreuses thématiques, revenons à sa forme : un film d'horreur bien 80's, gore, rock'n'roll, complètement barré. Pas totalement sérieux mais pas totalement parodique non plus, sachant se respecter et s'assumer, son ambiance fonctionne, sa bande-son est bien dosée, ses effets spéciaux impeccables et intemporels n'ont pas une ride après presque quarante ans. Chaque apparition de Freddy est jouissive, ses sourires se gravent sur la rétine. Tourné de façon à ce que la réalité et le cauchemar partagent cette même atmosphère planante et brumeuse, A Nightmare on Elm Street a une ambiance bien à lui et une réalisation soignée qui en font une référence solide du conte noir.
Qu'on me pende haut et court pour ça, mais je vois pas de raison de lui donner moins de 8/10. Je fais ce que je veux.