S’attendre à rien et être quand même déçu est un sentiment peu souvent agréable. Pourtant ce film me l’a procuré d’une belle manière.
Tout d’abord j’eus une peur bleue en voyant le jeu d’acteur se rapprochant plus d’un élève de CE2 qui joue un arbre que d’un acteur de métier. Heureusement ce calvaire ne dure pas tout le film non plus bien qu’il reste plutôt médiocre jusqu’à sa fin. Mais outrepassons ce détail pour ce qui est censé être un documentaire ? Un film de fiction ? Et bien je ne sais pas…
Et là est le principal problème de cette œuvre, c’est qu’elle se cherche, elle est à cheval entre deux sièges telle les boules entre une barre de gymnastique. Elle ne s’assume pas entièrement et le produit servi est donc terriblement inabouti. Le parti pris de la sobriété (aucun fond musical ce qui me terrifie ; dialogues quasi inexistants par moments ; image simple et efficace) est contrecarré par le manque d’une entité, un narrateur peut-être ? Car l’impression de faire face à un diaporama d’HGGSP est plus présente que celle de faire face à un film à volonté didactique poussée.
Effectivement il conviendra à tout un tas de collégiens ou de lycéens manquant de connaissances sur le sujet cependant il se contente de cela, il ne tente à aucun moment d’aller plus loin. Et cela est traduit par le peu d’informations véritables qui sont seulement contenues dans des encarts en début et fin de film. Nous faisons face réellement à une heure de rien (les 20 dernières minutes étant correctes et présentant une certaine dualité pour les représentants militaires français en Algérie qui sont pris entre aider ou pas leur anciens compagnons de guerres lésés par une décision totalement délocalisée de la problématique ou justement d’écouter des ordres déconnectés de la réalité et pris à des centaines de km de là). Et cette heure de rien est dure, on ne peut toutefois pas reprocher au film de nous ennuyer car il est cours mais qu’est ce que c’est vide. La volonté de représenter la guerre d’Algérie dans sa réalité est présente, une guerre d’attente mais le peu de moments intéressants sont zappés au profit de longues scènes de marches qui recommencent sans cesse, on a alors une impression de répétition qui s’installe et peine à servir l’enjeu du film . Alors certes c’est beau, l’image est belle, la fidélité historique est au point mais qu’est ce qu’il manque de contenu. Sans oublier qu’une grande partie de la guerre est omise, on passe d’une année à une autre sans aucune explication de l’avancée du conflit et la fin est trop rapide, on ne parle même pas des harkis retenus dans des camps en France de même que les massacres. Ces deux points d’une grande importance n’étant évoqués que par deux phrases à la toute fin du film.
Un autre point pour le moins étonnant est attribué au prisme utilisé pour raconter ce drame. Pour un film à consonance assez marquée anti-colonialisme, le seul personnage évoluant du début jusqu’à la fin et par lequel est raconté principalement ce passage historique n’est autre qu’un lieutenant de l’armée française. Sacré paradoxe pour un film voulant exposé le sort malheureux d’un groupe d’algériens combattant pour l’armée du colonisateur.
Enfin il fallait s’attendre à ce qu’en 1h20 le sujet ne puisse être traité entièrement. Seulement ce défi qui a été lancé n’est évidemment pas réussi mais aurait pu être mieux traité , cependant le peu qui aurait été possible a échoué. Toutefois tout je n’étais pas forcément le public visé et peut-être que le film doit être interprété différemment mais malgré ça je pense qu’ici Philippe Faucon se foire totalement.