Premier film couronné par le prix du jury, section "Un certain regard" à Cannes 2023, "Les meutes" impressionne par sa maîtrise formelle qui ne se dément jamais. Le film aurait pu s'appeler "Les bas-fonds", tant les personnages semblent misérablement marqués par leur destin funeste. Ce qui frappe également dans ce monde exclusivement composé d'hommes, (trois apparitions de femmes au total) c'est cette fierté à l'être, à le revendiquer, à le questionner, tout le début interpellant dans ces répliques qu'est ce que c'est d'être un homme (ou pas). "Vous n'êtes pas des hommes, reste un homme, un éléphant plus qu'un humain..., je croyais que tu étais un homme, je me suis trompé" peut-on entendre au début, et ce souci de masculinité interpelle car c'est justement leur ultime fierté, à ces personnages vivotant dans une misère endémique, se faisant rabaisser à chaque fois que l'occasion se présente (les plus vite, plus vite, humiliants). Film nocturne principalement, "Les meutes" compose une galerie de gueules cassées assez incroyable, dont les interactions sont toujours liées à un système opaque d'allégeance. Dès le premier plan, le film suinte le sang, et ce chromatisme va contaminer l'esthétique du film, créant des plans étonnants éclairés par les phares rouges des voitures. C'est également un film où s'exprime une forte religiosité, bien contradictoire avec les événements qu'il raconte...qui surgit parfois comme une apparition. Certaines scènes sont absolument incroyables, tant dans le récit que dans la mise en scène. Les acteurs jouent à merveille cette partition noire et inquiétante. Une pépite.