Le film possède des qualités cinématographiques indéniables et ne prend pas réellement parti pour l’un des deux camps mais il prend parti pour une idéologie. Ce n’est pas totalement un film “anti-flic”, comme j’ai pu le lire. Il montre avec une certaine justesse les déterminismes sociaux et l’échec institutionnel, néanmoins, la citation finale de Victor Hugo laisse transparaître un évident parti pris idéologique, auquel je n'adhère pas du tout :

Mes amis, retenez ceci, il n'y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n'y a que de mauvais cultivateurs.”

Cette phrase, si je l’interprète correctement ( sinon tout mon raisonnement tombe à l'eau ), est révélatrice d’une vision très constructiviste de l’être humain et très relativiste du bien et du mal, très présente dans notre société moderne. Elle fait notamment écho à deux grandes idées philosophiques : le mythe de la page blanche et celui du bon sauvage. Cela conduit à considérer que la violence des individus serait principalement causée par la pauvreté et constituerait un simple produit de la société.

Or, ce n’est pas la pauvreté en elle-même qui engendre la violence mais la pauvreté relative, dans un contexte d’inégalités et au sein d’une société où le paradigme ultime est la consommation. La pauvreté seule ne peut pas agir mécaniquement sur les individus (sauf peut-être dans une logique de survie primaire ).


Un fait sociologique ne peut pas agir comme un objet physique s’abattant sur les individus comme une chape de plomb. Il ne produit des effets qu’en interaction avec certaines structures psychologiques et biologiques propres à l’être humain. Or, l’existence d’une nature humaine est aujourd’hui largement soutenue par des disciplines comme les sciences cognitives, les neurosciences, la génétique comportementale ou encore la psychologie évolutionniste. Les sciences sociales ont parfois eu tendance à minimiser la dimension biologique de l’humain, souvent pour des raisons historiques et idéologiques, mais il me paraît important de réintroduire cette dimension dans le débat.


L’être humain n’est pas uniquement violent, mais la violence fait partie de la nature humaine, au même titre que l’empathie, la coopération ou la sagesse. On peut distinguer deux grandes formes de violence : la violence liée à une pulsion de survie ( qu’elle soit matérielle ou symbolique) et/ou la violence comme pur désir sadique de destruction.

Soutenir que la pauvreté crée la violence reviendrait implicitement à considérer que les personnes aisées ne seraient pas violentes. Or, c’est faux car la violence et cette part d’ombre existent en chacun de nous, même si elles s’expriment différemment selon les conditions sociales et matérielles. Un individu très riche va, par exemple, exercer une violence plus structurelle ou institutionnelle.


Vient ensuite la question du libre arbitre, de la responsabilité individuelle et des déterminismes. La liberté commence peut-être par la conscience de nos déterminismes. Il est évidemment plus difficile d’évoluer socialement lorsqu’on grandit dans un environnement défavorisé, mais la sagesse consiste aussi à distinguer ce sur quoi nous pouvons agir de ce qui nous échappe. De la même manière que la violence peut émerger dans n’importe quel contexte social, nous avons également la capacité (au moins partiellement) de résister à certaines pulsions et de prendre de la distance avec elles.


À partir de là, ce film me paraît idéologiquement orienté et problématique dans son message dans la mesure où il contribue à entretenir avec naiveté cette vision relativiste du bien et du mal et, une opposition simpliste entre responsabilité collective et responsabilité individuelle.


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le 7 sept. 2022

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