Des quelques adaptations des Misérables que j'ai vues, celle-ci est celle qui appuie le plus sur la misère, parfois un peu trop.
Celle de Fantine par exemple, lors d'une scène de morphing un peu simpliste mais poignante, alors qu'on entend la lecture du courrier entre le Thénardier (Jean Carmet) et Fantine (Evelyne Bouix): La malice des Thénardier n'est pas appuyée, et on voit les choses avec le regard de Fantine: avec une naïveté désarmante qui rend la scène vraiment cruelle.
Le revers de ce choix est qu'il adoucit trop les Thénardier et atténue la violence morale du roman. Chez Victor Hugo, la misère n'excuse pas tout: ici, elle semble l'expliquer. J'ai eu du mal avec cette lecture, qui rend le couple moins dérangeant.
Michel Bouquet joue un Javert implacable du début à la fin. C'est sans nul doute la meilleure interprétation que ce personnage que j'ai pu voir. Lino Ventura quant à lui propose une interprétation sobre de Valjean: On croit à sa droiture, à sa fatigue, à son amour pour Cosette.
A noter la présence à l'écran du comédien de doublage Emmanuel Curtil, qui joue le rôle de Gavroche.
Au global, la mise en scène signée Robert Hossein oscille entre le théâtral (voir le daté dans les scènes de transitions) et une forme de sincérité touchante, mais ce n'est pas suffisant pour reproduire la puissance, la complexité et la portée morale du roman de Victor Hugo, ni pour égaler la densité des adaptations les plus abouties du matériau.