Sur le papier, Les Moutons Détectives a tout du projet kamoulox : Kyle Balda (Les Minions) à la réalisation, Craig Mazin (Chernobyl, The Last of Us) à l’écriture, Phil Lord et Christopher Miller (qu’on ne présente plus) à la production, Hugh Jackman et Emma Thompson à la distribution, Bryan Cranston, Regina Hall et Patrick Stewart au casting vocal… Et tout cela pour un whodunit mettant en scène des moutons, enquêtant sur le meurtre de leur berger. Honnêtement, résumé comme cela, le titre peut autant attiser la curiosité – ne serait-ce que pour les noms qui y sont attachés – que faire fuir l’assistance. D’autant plus qu’avec une diffusion nationale sur plateforme (en l’occurrence, Prime Video), pas sûr que cela incite les gens à s’y intéresser pleinement, renforçant son étiquette de produit. Mais en sachant que le film a réalisé un parcours financier honorable – plus de 128 millions de dollars à travers le monde – et que les critiques s’avèrent bonnes dans l’ensemble, cela pousse à se lancer dans le visionnage. Et autant dire que si vous vous décidez à le faire, vous serez grandement surpris. Non pas qu’il soit exempt de défauts, l’ensemble souffrant d’une mise en scène assez plate et de personnages humains peu marquants. Par contre, il vous captera par sa vibe « so british » à la Paddington ou Pierre Lapin. Bien loin de la balourdise américaine à laquelle nous aurions pu avoir droit, Les Moutons Détectives étonne par sa malice et sa tendresse. Jamais le film ne tombe dans l’humour gratuit et se permet même d’offrir quelques trouvailles amusantes qui feront tout autant sourire – un mouton expliquant que Dieu est le berger d’un troupeau, le boucher s’endormant en listant les moutons… – qu’émouvoir. Car oui, le long-métrage fait preuve d’une sensibilité inattendue, portant notamment sur les thématiques du deuil et du devoir de mémoire. Il se permet même quelques élans poétiques, comme de voir ces moutons affirmer qu’ils deviennent des nuages à leur disparition. Il y a véritablement quelque chose de touchant dans ce film, qui profite également de ses personnages animaliers, terriblement attachants. Ces derniers, animés honorablement, arrivent à faire oublier la simplicité de l’enquête et à transformer ce divertissement familial en une œuvre beaucoup plus maligne et complexe qu’il n’y parait. Mon seul regret ? Que le titre français soit une traduction mot pour mot de l’original, les Belges ayant été, eux, à fond dans le délire – Bêêêêtective Privé. À part cela, Les Moutons Détectives est une chouette parenthèse, avec du cœur et de la sincérité. Et ça fait du bien !