Un rêve des Mille et une Nuits
« 90 décors, 50 vedettes, 200 seconds rôles, 1500 figurants, 8 millions de dépenses. »
Aucune raison d'être effrayé : ce sont là les quasi-premiers pas, légers et toujours gracieux, de Guitry vers le film historique ; et notre cinéaste n'a nullement l'intention d'étouffer sous les kilos de costumes et de maquillages un spectateur qu'il a toujours su prendre par la main de la façon la plus élégante qui soit.
Pour preuve, voyez comme Sacha fait immédiatement de nous son interlocuteur privilégié (nous sommes tous des Jacqueline Delubac) en nous offrant dans le même temps le meilleur des points de vue possibles sur chaque scène en train de se jouer.
Voyez comme il s'amuse incidemment à faire passer au second plan l'histoire de ces perles pour mieux nous communiquer l'immense plaisir qu'il a à mettre en scène cinématographiquement.
Voyez comme il observe avec un sourire de chat le petit effet que produisent sur nous quelques unes de ses jolies trouvailles – récit à tiroirs, star grimée, tableau vivant, ombre chinoise, figure de cire – et autres « inventions » – agréables jeux de langues pour public international, habile montage magique pour figurer la mort d'un personnage.
Peu importent en définitive les faits rapportés ici, peu importe même qu'ils soient justes ou inventés : ce qui marque le plus dans ce Guitry-là, c'est ce contraste éminemment réussi entre l'aspect « superproduction impressionnante » – écrin luxueux – et l'extrême simplicité avec laquelle un génie du Théâtre rêve pour nous le Cinématographe – petite perle précieuse glissant entre les doigts du maître.
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