En juin 1983, tandis que "E.T." attirait les foules et que "Le Retour du Jedi" approchait, une dernière troupe de jeunes appelés, autrement dit de bidasses, tentait de faire rire avec une bombe cachée dans une balle de ping-pong. Un contraste qui résume "Les Planqués du régiment."
C'est durant les années 1970 que le cinéma de bidasses avait prospéré. Casernes de fantaisie, gradés ridicules et plaisanteries de chambrée composaient une recette nourrie par une expérience familière à tant de Français. Le service militaire obligatoire sera suspendu en 1997. Les derniers appelés quitteront les casernes en 2001. En 1983, pourtant, le filon semblait déjà épuisé. Sorti trois mois après "Le Retour des bidasses en folie" avec Les Charlots, ce film est souvent présenté comme l’ultime représentant du genre.
L’intrigue greffe une histoire d’espionnage sur la comédie de caserne. Serge, ingénieur au ministère de la Défense, a concentré plusieurs tonnes de TNT dans une balle de ping-pong. Traqué par les services secrets américains et soviétiques, il se réfugie dans un régiment peuplé de bras cassés.
Michel Caputo, réalisateur venu du cinéma pour adultes, avait déjà signé "Arrête de ramer, t’attaques la falaise !" et "Si ma gueule vous plaît". Paul Préboist, vedette de "Mon curé chez les nudistes", cabotine en colonel. Son frère Jacques joue le général. Michel Modo, l’un des gendarmes de la brigade de Saint-Tropez dans les six films avec Louis de Funès, incarne l’adjudant Badubec. Pierre Doris est le médecin-chef. Pauline Lafont, obtient, en infirmière, son premier rôle conséquent. Isabelle Nanty apparaît brièvement. Ticky Holgado traverse l’écran en émissaire d’un dictateur sud-américain.
La bonne humeur du tournage apporte certains des rares sourires. Des acteurs retiennent leur rire, un passant découvre la caméra en entrant dans le champ et deux scènes de dancing, séparées dans le récit, trahissent une prise de vues réalisée au même moment. Ces accidents auraient normalement rejoint la corbeille du montage. Ici, ils révèlent surtout le manque de rigueur et de maîtrise qui accompagne toute l’entreprise.
Les gags de boisson, de sexe ou d’homosexualité provoquent surtout un haussement d’épaules. Les accents des espions atteignent des sommets et l’intrigue tourne à vide après une petite demi-heure. Un nanar peut séduire par sa folie et devenir drôle malgré lui. Celui-ci se rapproche davantage du navet. Sa maladresse intrigue, mais l’ennui l’emporte.
Une Ford Taunus, une Citroën Visa, une Méhari, un poster de Thriller, les coiffures et les publicités racontent mieux 1982 que le scénario. Ce cinéma déjà ringard au moment de sa fabrication devient, bien involontairement, un document sur la France populaire du début des années 1980 et sur un genre au bord de l’extinction.
Les producteurs espéraient profiter du succès de "Mon curé chez les nudistes", qui avait dépassé le million d’entrées. "Les Planqués du régiment" termina sa carrière française autour de 200 000 entrées. La télévision, les VHS puis le DVD LCJ lui offriront une seconde vie. L’édition propose d’ailleurs une image étonnamment propre. Pour le reste, cette dernière permission pouvait difficilement arriver plus tard.