L’idée est louable mais le format n’est pas le bon. Ed McBain adapte ici un de ses romans se déroulant au fameux 87e District mais il l’adapte comme s’il proposait un épisode d’une série ou comme s’il scénarisait un film choral de trois heures. Au final, le film ne dure qu’1h30 et n’a rien d’une série, sauf sa réalisation qui ne dépasse pas la qualité d’un téléfilm. Ennuyeux. Il en résulte un ensemble hétérogène qui s’éparpille en raison de ses trop nombreux personnages auquel il est impossible de s’attacher. Burt Reynolds, qui incarne l’inspecteur Carella, est aperçu une fois avec sa femme sourde et muette : insuffisant pour dresser un portrait plus attachant. Raquel Welch, qui joue une nouvelle dans le service, paraît totalement plaquée dans l’intrigue générale. Tom Skerritt et Jack Weston sont peut-être les mieux servis. Quant à Yul Brynner, il vient clairement faire un petit tour devant la caméra. Ed McBain conduit trois intrigues simultanées qu’il a la bonne idée de faire se télescoper dans un final de circonstance mais le résultat ne convainc pas.
La forme chorale n’est pas exploitée et on a surtout l’impression que les producteurs voulaient empiler des grands noms pour attirer les spectateurs. Brian de Palma, qui était d’abord attaché au projet, ne s’y trompa pas en claquant la porte. Clairement, son successeur derrière la caméra n’avait pas les épaules pour transcender un sujet qui demandait quelqu’un qui porte une véritable vision. Au lieu de cela, on a droit à une succession maladroite de scènes qui tiennent soit du pur polar, soit du drame soit de la comédie potache. Les différents tons ont bien du mal à s’emboiter les uns avec les autres, un film d’1h30 ne pouvant évidemment pas témoigner du quotidien d’autant de personnages. Pour mieux faire, il fallait soit pousser davantage le portrait des personnages soit se focaliser avec plus d’intensité sur les intrigues policières. Quant à la volonté des producteurs de réaliser un polar à la M.A.S.H., on est évidemment très loin de cette prétention. On se demande encore ce qu’apportent certaines scènes décalées, à l’image de celle où Burt Reynolds et Jack Weston se déguisent en bonnes sœurs dans un jardin pour capturer un voyou. Entre, d’un côté, la volonté de proposer un film très proche de la réalité en montrant le quotidien de cette unité et, de l’autre, de telles potacheries, on ne voit pas bien où on veut amener le spectateur.
Ce n’est pas totalement mauvais pour autant mais il est évident qu’on passe son temps à chercher sur quel pied danser. Drame ? Comédie ? Polar ? Un peu tout ça à la fois dans un temps réduit avec une trame qui entrelace avec plus ou moins bien de talent différents sujets. Le final qui réunit ces diverses enquêtes est peut-être l’idée la plus forte de l’ensemble, mais la conclusion (qui là encore joue sur plusieurs tableaux) agace plus qu’elle ne frappe. Une vraie déception tant avec un tel casting, il était possible de réaliser un polar seventies comme les Américains savent alors les torcher.