Avec Die Moskauer Prozesse, l'essayiste, metteur en scène, réalisateur de cinéma, et directeur de théâtre bernois Milo Rau met en scène un procès autour de la liberté d’expression et des tensions existantes entre l’art et la religion dans la Russie du début du XXIe siècle. Pour se faire, il invite la justice à se rendre sur les lieux mêmes du crime: le Centre Sakharov à Moscou.
En effet, c’est dans ce centre qu’en 2003 a eu lieu l’exposition Attention! Religion détruite en partie par des extrémistes orthodoxes. Suite à ces préjudices matériels et moraux, le système judiciaire russe prit le parti des malfaiteurs. C’est cet événement ainsi que les procès infâmes à l’encontre des organisateurs de l’exposition L’art interdit (2006) et la condamnation des pussy riots à 2 ans de prison pour leur prière-surprise dans la cathédrale du Christ-Sauveur (2012) qui inspira ce projet.
Ainsi, avec Die Moskauer Prozesse, Milo Rau questionne les rapports entre l’art et la religion. Dans ce film, on voit un tribunal, une juge, des accusés, des plaignants, un jury et pourtant nous ne sommes pas dans un tribunal, mais sur une scène de théâtre. C’est grâce au théâtre que Milo Rau va plus loin que le politique en permettant aux deux camps de développer leurs idées face à un jury neutre et non pas acquis à l’une des causes. En convoquant les vrais protagonistes de ces différents procès et en les laissant s’exprimer face à un jury populaire l’artiste tente de faire dialoguer ces deux camps qui ne s’écoute pas.
Contrairement à la tragédie ou aux procès staliniens dont l’issue est jouée d’avance, le théâtre documentaire de Milo Rau permet de convoquer la vraie essence de la démocratie.