Film ambitieux sur l’Occupation, vu presque exclusivement du côté de la presse collaborationniste. Xavier Giannoli choisit un angle risqué : raconter l’histoire vraie (romancée) de Jean Luchaire, porté par un Jean Dujardin absolument magistral. À ses côtés, sa fille Corinne, incarnée par Nastya Golubeva, sert de narratrice à l'histoire .
Film- fleuve pourtant jamais ennuyeux et même parfois captivant . Dujardin impressionne : il campe un Luchaire complexe, pacifiste au départ , décadent assumé, arriviste plus qu’idéologue, un homme qui glisse lentement vers la compromission. Il vend son âme en lançant Notre Temps, journal collaborationniste, tout en se noyant dans les excès, se sachant déjà condamné .
Le film dissèque plutôt bien les mécanismes de la compromission. Ce n’est ni un monstre, ni un innocent. Juste un homme qui dérape… et ne s’arrête plus.
La réalisation est solide, même brillante, avec des accents scorsesiens — même si la comparaison a ses limites
Mais là où ça coince, selon moi et qui explique mon 7/10 (plutôt qu'un 8 ) c’est ailleurs.
Je me suis posé une vraie question en sortant de la salle : où s’arrête le refus du manichéisme, et où commence la complaisance ?
Parce que le malaise est réel.
À force de rester du côté des collabos du début à la fin, le film finit par déséquilibrer son propos. On ne voit presque jamais les conséquences concrètes de leurs actes. Les victimes sont hors-champ.
Résultat : une impression trouble, presque dérangeante — comme si le film murmurait en creux “ pauvres Luchaire , pauvres collabos…”.
Bilan :
une réussite formelle, un casting impeccable, mais un fond trop ambigu, flirtant par moments avec une forme de bienveillance gênante