De la lumière à l’ombre des âmes humaines, dans le nouage de trois destins, Xavier Giannoli explore un inexorable processus. Du pacifisme idéaliste à la collaboration avec l’Allemagne nazie, tous les rouages d’une monstrueuse machine se mettent en place. Corruption, compromission, lâcheté, arrangements avec la morale, montrent la porosité des frontières entre noirceur et bonnes intentions. Jean Dujardin incarne un Jean Luchaire idéaliste dévoré peu à peu par son goût du luxe, ses sentiments filiaux, et une amitié dangereuse en ces temps troublés. De la lumière à la déchéance, il entraîne sa fille dans cet enfer. Une formidable Nastya Golubeva, véritable révélation qui incarne la vulnérabilité, de Corinne Luchaire dont l’amour inconditionnel pour son père en fait une victime collatérale. La tuberculose qui dévore père et fille est une métaphore de la peste brune qui s’étend sur l’Europe et qui dissémine ses bacilles idéologiques. Dans une mise en scène spectaculaire, l’époque des années 30 restituée avec méticulosité, nous immerge dans l’ambiance de ces années sinistres.
Si les personnages évitent de voir, de réfléchir à l’horreur nazie, le film nous rappelle l’importance de la regarder en face sans rien n’édulcorer ni accepter. Un rappel nécessaire quand dans notre société contemporaine grandissent la banalisation d’un mal et les discours extrémistes et nationalistes.
« Tout homme sur la terre a deux faces. Le Bien et le Mal. Blâmer tout, c’est ne comprendre rien. Les âmes des humains, d’or et de plomb sont faites » Victor Hugo