Xavier Giannoli arrive à nous plonger dans cette période sombre de la collaboration sans pathos, sans facilité, sans complaisance, sans mépris. Il nous présente, ces hommes, tellement certains que le dialogue est la clé pour désamorcer la menace, que le pacifisme vaincra les velléités expansionnistes d'Hitler. On croit avec eux. Et puis imperceptiblement, sans que l'on comprenne vraiment pourquoi ces défenseurs de la liberté, de la différence, de la liberté des peuples à vivre leurs différences se transforment en êtres avides prônant la supériorité de la race, se délectant dans la luxure et les excès. Et l'on ressent qu'à un moment donné il fallait peu de chose, presque rien, pour basculer d'un coté ou de l'autre. Parce qu'à ce moment-là l'envie de vivre dans l'opulence alors que d'autres sont démunis, de protéger sa famille aveuglément, cette envie égoïste prend le dessus sur le raisonnement. On sent la tragédie à venir. Le scénario habile nous fait vivre le crescendo de la descente aux enfers, nous fait espérer (même si nous connaissons l'Histoire) un retournement de situation, qu'ils ouvrent les yeux et réalisent enfin l'horreur. Parce que les acteurs accomplissent une performance : rendre à ces personnages historiques tragiques leur humanité, leur faiblesse, sans les rendre sympathiques. On arrive à les comprendre sans les aimer. Jean Dujardin est excellent mais on n'en doutait pas, la révélation est Nastya Golubeva. Elle est solaire, tourmentée, fragile, bousculée dans cette période dont elle ne comprend pas les enjeux et les conséquences. Merci M. Xavier Giannoli pour cette leçon d'Histoire qui a du vous hanter pendant de nombreuses années. Merci de nous rappeler que dans la vie rien n'est tout blanc ou tout noir, que le choix nous appartient et qu'il suffit de peu très peu pour basculer du coté sombre. Merci de nous rappeler que l'égoïsme est source du mal et que la pensée peut nous sauver. "Toute pensée est une force.Dieu fit la sève pour l’écorce,Pour l’oiseau les rameaux fleuris,Le ruisseau pour l’herbe des plaines,Pour les bouches les coupes pleines,Et le penseur pour les esprits ! "Victor Hugo les rayons et les ombres