Avec Les Triplettes de Belleville, Sylvain Chomet livre un film d’animation singulier, un voyage absurde et grinçant porté par une bande-son entêtante et un univers visuel à la fois grotesque et fascinant.
Tout dans ce film transpire un cynisme maîtrisé, que ce soit dans la satire du Tour de France, où les coureurs sont réduits à des machines à pédaler, ou dans la mégalopole déshumanisée, reflet d’une société impitoyable. L’histoire, presque muette, se construit à travers des images fortes et des situations improbables, où l’exagération côtoie une tendresse sous-jacente. On suit Madame Souza et son fidèle chien Bruno dans une quête improbable pour retrouver son neveu kidnappé, une épopée riche en rebondissements et en rencontres aussi absurdes qu’attachantes.
Si la mise en scène de Chomet impressionne par son sens du détail et sa capacité à créer des ambiances, elle souffre parfois d’une certaine monotonie. L’univers visuel, dominé par des teintes grisâtres, renforce certes l’atmosphère mélancolique et s’accorde au ton du film, mais il peut aussi rendre l’ensemble un peu répétitif. Heureusement, la bande originale de Benoît Charest et -M- insuffle une énergie constante et participe pleinement à l’identité du film, avec des morceaux inoubliables qui prolongent son étrangeté burlesque.
Une œuvre atypique, audacieuse et empreinte d’une poésie grinçante, qui séduira les amateurs d’animation inventive et de récits hors normes, à condition d’adhérer à son rythme contemplatif et son humour pince-sans-rire.