Sans temps mort ni circonvolutions inutiles, on entre dans le vif du sujet dès le début du film, qui prend le parti du dépouillement : stricte description du cadre de vie d'une famille de la classe moyenne américaine dans une petite ville de l'Amérique profonde. Les personnages sont bien typés : Lee J. Cob, solide second rôle, qui interprète ici un psychanalyste sans complexe ; David Wayne, qui joue le rôle d'un mari plutôt mal dans sa peau ; et Joanne Woodward, qui se surpasse dans une interprétation sans faille. En fait, tout le film repose sur son personnage de femme torturée et il faut dire qu'elle s'en sort fort bien.
Certes, les ficelles sont parfois un peu grosses. On a beau nous dire, au début du film, que ce récit s'inspire de faits véridiques, on reste parfois pantois devant les changements à vue de notre héroïne... Les spécialistes de la psychanalyse émettront certainement quelques doutes devant ces
brusques revirements de la personnalité. La douce et un peu timorée Eve Blanche cède soudain la place à la sensuelle Eve Black, plus délurée que nature, et notre psychanalyste en perd ses moyens... et manque de laisser tomber son gros cigare !
Ces dédoublements de personnalité s'enchaînent bien vite, presqu'à la demande. Cela nuit bien sûr à la crédibilité du film de Nunnaly Johnson. Il n'en reste pas moins que le récit est bien mené et que les acteurs sont excellents. Un film à voir.