Ne vous fiez ni au titre français débile ni au synopsis : ce n'est pas un film d'horreur. Le titre original "Child's Play" est déjà plus proche du sujet du film, même si ce sont plutôt les profs qui sont au centre.
Pour autant, Sidney Lumet sème un peu le doute au début, quand il nous montre des élèves au comportement étrange, comme sous emprise. D'emprise il est bien question, mais elle n'a rien de démoniaque ou ésotérique.
L'histoire se passe dans un lycée britannique pour garçons. Un jeune professeur, ancien élève de l'école, arrive. Il retrouve deux de ses anciens professeurs : Dobbs (Robert Preston) la "coqueluche des élèves" et le vétéran Malley (James Mason), surnommé le "père Fouettard", dont les pédagogies diffèrent totalement. Depuis plusieurs mois, des "accidents" de plus en plus violents arrivent aux élèves de Terminale. La direction du lycée rend Malley responsable de la mauvaise atmosphère qui règne dans la classe du fait de ses méthodes pédagogiques trop rigides. Malley, déjà victime de courriers diffamatoires et d'appels téléphoniques anonymes, est peu à peu poussé vers la retraite. Le jeune professeur est témoin d'un passage à tabac pendant un cours et il est intrigué par le comportement étrange de la victime qui semble accepter son lynchage et refuse de dénoncer les coupables...
Lumet s'amuse au début à garder l'ambiguïté sur l'origine du comportement de plus en plus violent des élèves. Il filme les élèves, victime comme bourreaux, comme des possédés, silencieux et le regard fixe. Puis, le film se centre sur les deux professeurs "stars" du lycée qui entretiennent des rapports très conflictuels. Lumet va surtout s'attacher à faire le portrait de Malley, un vieil homme très antipathique, borné et renfermé. A l'opposé, le professeur Dobbs, plus jeune, est un homme sympathique, ouvert et bienveillant. Malley se plaint d'être victime de diffamations et de harcèlement et accuse Dobbs d'être le responsable. Pour la direction, c'est un paranoïaque qui doit être mis sur la touche. Reis, le jeune professeur, se retrouve témoin du conflit entre ses deux anciens professeurs et tente de démêler le vrai du faux.
Lumet s'attache à décrire avec précision les rapports venimeux qui lient les deux professeurs, faisant en même temps des portraits humains complexes et fascinants. On sent que c'est le professeur Malley qui l'intéresse. James Mason est, comme à son habitude, extraordinaire, apportant d'emblée une incroyable épaisseur à ce vieux pédagogue ronchon et rétrograde. On peut aussi compter sur son jeu subtil et ambigu pour laisser planer le doute sur ses accusations de harcèlement et mettre en doute sa santé mentale.
Lumet utilise parfaitement ses deux acteurs principaux pour entretenir l'ambiguïté et laisser le spectateur dans l'incertitude. Il joue avec les apparences et avec nos préjugés pour mieux nous surprendre. S'il y a quelque chose de diabolique dans le film, c'est du côté de Lumet qu'il faut chercher.
Au final, c'est plus à un drame psychologique qu'à un film d'horreur qu'on a affaire. La fin est très réussie, ambiguë et parfaitement glaçante.