Le film de Bruce Webber sur le légendaire trompettiste Chet Baker, Let's get lost (USA, 1988), est présenté comme un documentaire. Pourtant Webber réussit à faire de son oeuvre davantage qu'un simple témoignage pédagogique sur qui est le musicien Baker. Pour se faire, Let's get lost se scinde en deux parts aussi indépendantes qu'elles se peuvent complémentaires.

La première introduit le programme du film, résumé par le seul titre, littéralement traduit par Laissons nous perdre. Plus que de décrire la vie de Chet Baker est d'esquisser son parcours professionnelle, les premières bobines saisissent l'essence de l'homme par le biais de ses musiques et des photographies sur lesquelles il apparaît. Sur fond de jazz avec Gerry Mulligan ou de solo doux voix-trompette, rien n'est dit des anecdotes biographiques de Baker mais tout est exprimé des formes de son art. Pour réussir à dresser l'image informelle de l'art de Baker, Webber mêle dans un imbroglio d'images, de sons et de musiques différents objets évoquant le musicien. C'est un labyrinthe lyrique que construit la première heure et qui nous perd dans l'identité confuse du trompettiste. La seconde partie du film, qui apparaît indistinctement, prend une voie plus linéaire, fait appel à davantage de témoignage. Tant qu'on en vient in fine aux règlements de compte, à la lutte des familles pour la gloire de Baker. La seconde partie, bien plus prosaïque, conserve les moyens esthétiques de la première (pellicule à gros grains, superposition des témoignages et des musiques de Chet Baker, caméra qui rôde à l'affût subtil d'un indice sur Baker) pour conserver une cohérence.

Cette dernière partie opte pour relater les aléas de la vie de Baker et calfeutre la belle poésie introductive. Ainsi Webber amène les témoignages à revenir à plusieurs reprises sur ce jour où Baker perdît toutes ses dents. La cohésion des deux parties et le groove jazz patent plus ou moins prononcé rappelle à Baker par des moyens nostalgiques.

YasujiroRilke
5
Écrit par

Créée

le 2 juin 2018

Modifiée

le 1 sept. 2026

Critique lue 228 fois

Let's Get Lost

Let's Get Lost

9

G_Savoureux

le 24 oct. 2010

Suivre

This is always

Il est des personnages de cinéma qui marquent. Leur charisme, leurs aventures, leur présence suffit même parfois à construire une histoire passionante. Cela peut tenir à peu de chose. Un regard...

Let's Get Lost

Let's Get Lost

9

JohnnySunshine

le 19 juin 2016

Suivre

Critique de Let's Get Lost par JohnnySunshine

Ce qui n'aurait pu être que la réalisation déformée mais très belle d'un autre caprice de Bruce Weber, après Broken Noses, constitue en fait ce qui est probablement l'un des documents les plus proche...

Let's Get Lost

Let's Get Lost

8

Fleming

le 3 juil. 2024

Suivre
Dernière modification

le 11 juil. 2024

Au plus près du trompettiste Chet Baker et de ce qu'il était comme homme et artiste

Chet Baker (1929-1988) était un grand et célèbre trompettiste de jazz américain, au même titre que Louis Amstrong, Lionel Hampton, Miles Davies et Dizzy Gillepsie. Il s'est notamment illustré, dans...

Close

Close

5

YasujiroRilke

le 27 mai 2022

Suivre

Critique de Close par Yasujirô Rilke

Dans des plans très beaux (quoiqu'empruntés au naturalisme des Dardenne), Dhont offre des rôles superbes à L. Drucker et E. Dequenne. Mais l'ensemble souffre de nombreuses facilités de scénario pour...

L'Homme fidèle

L'Homme fidèle

3

YasujiroRilke

le 7 janv. 2019

Suivre

Critique de L'Homme fidèle par Yasujirô Rilke

De la Nouvelle Vague d'où L.Garrel tire sa filiation, il n'en reste ici que peau de chagrin. Exit la légèreté, le dilettantisme, la gracilité de Truffaut ou Rohmer. Bonjour le sérieux de pape d'un...

Rythmes et botanique (EP)

Rythmes et botanique (EP)

8

YasujiroRilke

le 25 mai 2017

Suivre

Critique de Rythmes et botanique (EP) par Yasujirô Rilke

La puissance de cet EP, derrière la modestie de son contenu, tient à la sagace composition de ses beats, entre rap, hip hop et dubstep franc, et à la plume aiguisée et percutante de son auteur,...