Et euh, comment ça s’passe pour les gens comme vous quand y’a du soleil ? Enfin, j'veux dire vous êtes content qu’y en ai ou ça vous fait chier qu’les pauvres en profitent aussi ?
Comme beaucoup de personnes c'est cette réplique grinçante qui m'a donné envie de lancer le film, je me suis dit "on ne peut pas écrire une punch aussi mémorable et ne rien avoir autour". Alors, il n'y a pas RIEN autour, mais on doit se taper 90% de répliques pas très intéressantes et pas toujours très bien jouée pour 10% de dialogues et répliques qui vous pincent comme pour s'assurer que vous êtes pas complètement assoupi (rires).
À part deux trois cinéphiles paumés personne va tomber sur cette critique alors je passe sur le déroulé du film et je vais juste parler d'un truc qui me dérange : le film ne défendrait pas l'inverse de ce qu'il semble défendre au début ? Je m'explique.
En surface, tout au long du film j'ai l'impression qu'on donne des arguments au spectateur pour qu'il valide le train de vie choisi par Sébastien, la preuve en est avec le dialogue dont est tirée la fameuse réplique : Sébastien remballe ses anciens camarades de classes – qui seraient parfaitement à leur aise un plateau Cnews – et le spectateur comprend le message suivant : quels sont les réels arguments valables pour chier à la gueule de quelqu'un qui choisit de vivre au RSA ? Toujours dans ce sens, décider que ce mec qui veut vivre au RSA est un gars multi-diplômé, cultivé, qui ne semble souffrir d'aucun marginalisation subie ; après un calcul rapide prenant en compte ce que ça lui coûterait d'entrer dans le monde du travail, il se dit "non, c'est pas pour moi", et refuse de valider la dicton aussi horrible que faux comme quoi le travail serait la santé. Le travail tue, ce n'est pas la santé, c'est encore moins le bonheur.
Sauf qu'après réflexion, le film valide en partie cette pensée culpabilisatrice (la plus grande preuve étant que Sébastien finit par être employé dans une boîte de luxe, ce qui doit être l'exact contraire de vivre modestement loin du monde professionnel). Tout dans le film tend à glamouriser la situation de Sébastien : il est au RSA, son conseiller ne lui demande pas de comptes, alors la vie est belle ; comme le dit son camarade de droite, il est en "vacances". Et qui peut lui donner tord : la situation de Sébastien n'est pas crédible, et je trouve qu'il y a un message fallacieux derrière qui dit : "le RSA permet de vivre agréablement". Or quand on connaît le montant du RSA pour une personne, et qu'on croise cette info avec les loyers parisiens, on n'est quand même loin d'une situation enviable. Puis Sébastien va se mettre à trouver une soudaine passion pour la vente de matelas – ce qui ressemble simplement à un dénouement-blague très peu cohérent avec le récit qu'on nous sert depuis une heure –, et c'est même par le (sacro-saint) travail qu'il va rencontrer la femme de ses fantasmes, la future mère de son enfant.
J'ai été naïf, je m'attendais à quelque chose de plus politique et de plus radical. Finalement, on traite le choix de vie de Sébastien comme une anomalie momentanée dans son parcours de jeune adulte, heureusement tout rentre dans l'ordre à la fin : après les critiques des honnêtes travailleurs qui composent son entourage et les riverains, Sébastien retrouve ses esprits et embrasse le monde du travail, qui lui rend bien ce dévouement en lui ouvrant la porte de l'amour, de la famille nucléaire et du LUXE.
Bref, j'ai trouvé ça déprimant que le fin mot d'un film ce soit "ouf, ce personnage aux idées atypiques et intrigantes rentre enfin dans le moule".