Life During Wartime par Maqroll
Après Happiness, Todd Solondz donne ici une « suite » des plus inattendues… avec des scènes où l’on est en plein « déjà vu », d’autres en trompe l’œil et des acteurs différents pour les mêmes personnages… bref, une suite qui n’en est pas une et rompt délibérément avec les stéréotypes des séries américaines culte type Desperate Housewives dont ce film est un décalque pour adultes consentants… Todd Solondz se livre à une exploration toujours aussi impitoyable de son monde natif du New Jersey (même si une partie de l’action se passe ici sur la côte ouest) tout en lui conservant une part de tendresse qui se répercute dans cet humour distancié si agréable. Nous sommes toujours au contact des trois sœurs qui n’ont rien de Tchekhov mais dont les états d’âme sont toujours aussi tourmentés et générateurs de situations explosives. Le portrait psychologique de chaque personnage est incroyablement travaillé et juste, des personnages certes paumés mais surtout humains, très humains. C’est vrai qu’on ne peut s’empêcher de chercher des parentés à Solondz : les frères Coen, Wes Anderson ou d’autres… mais il a surtout un style très personnel qui est en train de l’imposer peu à peu parmi les très grands de l’heure. Sa manière de filmer, avec le plus souvent une caméra fixe devant des personnages qui subissent les situations plus qu’ils ne les provoquent, entraîne une espèce de fascination quasi hypnotique pour ces images lentes et ce monde-aquarium où l’on est plongé malgré soi. Terminons en saluant une bande son parfaitement adéquate à l'ambiance douce-amère du film et qui achève de nous faire entrer dans ce cinéma tellement original et attachant.