Critique contenant des spoils
Encore un exemple de film qui avait un très fort potentiel et dont le résultat final est très en-dessous des possibilités. Il faut dire que les films qui jouent avec le thème "voyageons dans le temps pour changer le futur", moi, j'adore. Franchement, c'est un de mes thèmes favoris. Alors quand j'ai vu les premières minutes du film et que j'ai compris ce qu'était un looper, j'étais emballé.
Et c'est quoi un looper, me demanderez-vous ? C'est un tueur employé par une organisation mafieuse. Pour tuer quelqu'un qui n'existe pas. Ou, du moins, qui n'existe pas encore. Car la victime est envoyée dans le temps depuis le futur. Le film se déroule en 2044 et, trente ans plus tard, les voyages dans le temps existeront. Interdits par les autorités, ils seront utilisés par les groupes de crimes organisés pour se débarrasser de leurs victimes : on les envoie dans le passé et là, le looper les attend et les flingue sans merci. Puis se débarrasse du corps et empoche l'argent.
Excellente idée de départ, donc. Très bien exploitée sur la première demi-heure, par ailleurs. L'arrivée de Bruce Willis (arrivée qui n'est pas une surprise, on la sentait venir depuis longtemps), puis la séquence de distorsion temporelle pendant laquelle on voit défiler trente années en trois minutes, c'est très bon. Vraiment. A ce moment-là, on se dit qu'on est embarqué dans un bon film.
Sauf que le film aurait peut-être dû s'arrêter là. Car très vite, il devient du n'importe quoi. Car une seconde histoire vient se greffer sur la première. Une histoire à la Terminator : un personnage va vouloir éliminer un gosse qui, dans le futur, deviendra le big boss du crime organisé. Un gamin qui va se révéler doué de capacités mentales très fortes (et d'un caractère de cochon). En bref, ce n'est plus du tout le même délire. Le rythme baisse, on se retrouve dans une maison au milieu des champs de cannes à sucre, il ne se passe pas grand chose (putain ! je me serais cru dans Les Moissons du Ciel, le décor était identique, ça m'a fait peur), on séduit la mère, on papote avec le fils, c'est mal foutu et chiant comme la pluie. Et on attend l'arrivée probable des tueurs. Et puis, il y a ce fils tout chelou qui se veut inquiétant et qu'on s'en fout. Enfin bref, on a complètement perdu de vue le début du film, on est dans quelque chose de différent, un autre film.
Une absence de cohérence du scénario qui se double de choix de mise en scène qui, là aussi, auraient pu être sympa mais qui tournent en eau de boudin. Un film de science-fiction qui décide de ne pas se la jouer blockbuster et de ne présenter que quelques trucages discrets (du moins jusqu'à ce qu'on approche de la fin), ça aurait pu être une excellente idée. Mais à force de vouloir éviter les pièges des gros films hollywoodiens, le film tombe dans d'autres pièges non moins critiquables. Car le film va se définir par son absence : SF sans trucages, film d'action sans scènes d'action (la mise en scène joue beaucoup sur les hors champs), on tombe dans un excès de dépouillement qui suscite l'ennui.
Là aussi, le film manque de cohérence. Car cette discrétion des trucages est annulée subitement dans le dernier quart d'heure. Et je ne mentionne même pas le final, qui est d'une bêtise rare.
Au niveau de l'interprétation, tout le monde fait le minimum syndical (voire même un peu moins). Et même si ça m'a fait plaisir de revoir Jeff Daniels dans un rôle censé être méchant, je suis bien obligé d'admettre qu'il y est très mauvais et pas crédible un seul instant. Il reste les rares apparitions de la très belle Summer Qing (j'assume pleinement mon attirance pour les femmes asiatiques).